Au Nigeria, une plaisanterie virale vient de révéler une aspiration collective.

Depuis l'entrée en Bourse de Dangote Petroleum Refinery, des internautes se mettent en scène comme de nouveaux associés d'Aliko Dangote. Après avoir acheté quelques actions, ils surveillent symboliquement la raffinerie, réclament des réunions du conseil d'administration et exigent des comptes sur « leur entreprise ».

Le phénomène porte un nom : « Yangote ».

Derrière l'humour se dessine pourtant une révolution culturelle : des citoyens ordinaires découvrent qu'ils peuvent détenir une fraction d'un géant industriel africain.

Cette chronique est née d'une contribution partagée par un membre de notre communauté. En nous transmettant cette vidéo de Brut Afrique consacrée au phénomène « Yangote », il a soulevé une question qui dépasse largement l'humour des réseaux sociaux : et si la jeunesse africaine cessait de contempler la création de richesse pour commencer, à son échelle, à en devenir actrice et propriétaire ?

Dix actions, mais un changement de mentalité

L'offre publique fixe le prix d'une action à 525 nairas. La souscription minimale porte sur dix actions, soit 5 250 nairas, environ quatre dollars américains. Ces données ont été rapportées par Reuters dans sa présentation des principales caractéristiques de l'introduction en Bourse et confirmées par Associated Press.

L'engouement a été tel que plusieurs plateformes numériques d'investissement ont subi des perturbations. Selon Reuters, certaines ont enregistré une hausse brutale de leur fréquentation au moment de l'ouverture de l'offre.

Soyons précis : posséder dix actions ne donne ni accès au bureau de Dangote ni véritable pouvoir sur la gestion de la raffinerie. Aliko Dangote conserve le contrôle de l'entreprise, tandis qu'une faible portion du capital est proposée au public.

Mais l'essentiel est ailleurs.

Pour une génération habituée à consommer les produits des grandes entreprises sans jamais en détenir une part, acheter une action constitue un déplacement psychologique majeur : passer du statut de client à celui de propriétaire, même minoritaire.

Nous enrichissons des entreprises que nous ne possédons pas

Chaque jour, la jeunesse africaine achète du carburant, du ciment, des forfaits téléphoniques, des boissons, des services bancaires et des produits importés.

Elle nourrit ainsi la croissance de multinationales et de grands groupes locaux.

Mais combien de jeunes détiennent des actions dans ces entreprises ?

Nous savons commenter la fortune des milliardaires. Nous suivons leur train de vie, leurs voitures et leurs classements. Pourtant, nous nous intéressons rarement aux mécanismes ayant permis la création de leur richesse : le capital, l'actionnariat, le réinvestissement et la patience.

Voilà la véritable leçon de « Yangote » : la richesse durable ne repose pas uniquement sur le salaire. Elle se construit aussi par la possession d'actifs productifs.

Une action peut verser des dividendes. Un terrain peut prendre de la valeur. Une obligation peut générer des intérêts. Une entreprise peut produire des bénéfices.

À l'inverse, un téléphone coûteux, une dépense ostentatoire ou un pari sportif consomme généralement le capital sans en créer.

La différence ne réside donc pas seulement dans la somme dont on dispose. Elle réside dans la destination donnée à l'argent.

Investir n'est pas jouer

Cette chronique n'est pas une invitation à acheter aveuglément des actions Dangote.

Une marque prestigieuse ne constitue pas automatiquement un bon investissement. Avant d'engager son argent, il faut examiner la valorisation de l'entreprise, son niveau d'endettement, ses bénéfices, sa gouvernance, ses perspectives et les risques liés à son secteur d'activité.

Il faut également se méfier des faux courtiers, des plateformes non agréées, des promesses de rendement garanti et des escrocs qui exploitent l'enthousiasme populaire.

La Bourse n'est ni un casino ni une loterie numérique. Investir exige de comprendre ce que l'on achète, d'accepter le risque et de penser sur plusieurs années.

Commencer modestement n'est pas honteux. Ce qui compte, c'est d'apprendre, d'investir avec régularité et de ne jamais engager l'argent nécessaire au logement, à la nourriture, aux soins ou aux urgences.

Le véritable enjeu est continental

L'Afrique ne gagnera pas sa souveraineté économique en remplaçant simplement des milliardaires étrangers par quelques milliardaires africains.

Elle la gagnera lorsque des millions d'Africains pourront également devenir actionnaires de ses banques, de ses industries, de ses entreprises énergétiques, de ses infrastructures et de ses innovations.

Nos États doivent rendre les marchés financiers plus accessibles. Nos écoles doivent enseigner l'éducation financière. Nos entreprises doivent ouvrir davantage leur capital.

Quant à notre jeunesse, elle doit apprendre à transformer une partie de ses revenus en patrimoine productif.

L'effet « Yangote » ne doit pas rester une simple mode nigériane ou une succession de vidéos amusantes. Il doit devenir un déclic africain.

Nous n'avons pas tous les moyens de construire une raffinerie. Mais nous pouvons apprendre à posséder une part des entreprises qui bâtissent l'avenir.

Jeunes Africains, ne cherchez pas seulement à paraître riches. Apprenez à devenir propriétaires. Formez-vous. Épargnez. Vérifiez. Investissez progressivement.

Aujourd'hui, dix actions peuvent sembler dérisoires. Demain, elles peuvent représenter le premier chapitre d'une véritable indépendance financière.

Le rire a attiré notre attention. Que l'investissement transforme désormais notre avenir.

Faites circuler cette chronique.

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