Cobalt, uranium, pétrole, or, lithium, terres rares. Six dossiers. Un même constat. Et maintenant, une question : qu'allons-nous construire ?
650 000 b/j, pleine capacité en février 2026. Le Nigeria n'importe presque plus d'essence. Un Africain a construit la plus grande raffinerie du continent.
Depuis mars 2025, le GoldBod est l'acheteur exclusif de l'or artisanal. Étrangers exclus du marché local. Exportations record : ~21 Mds $.
Interdiction d'exporter brut (2022). Résultat : première usine de sulfate de lithium d'Afrique en construction sur le site minier.
Trois pays, trois décisions politiques, trois résultats industriels. La preuve que le modèle « extraire et exporter » n'est pas une fatalité.
Le FMI observe que les pays riches en ressources d'Afrique subsaharienne ont, en moyenne, une part de valeur ajoutée manufacturière dans le PIB de 3 à 5 points de pourcentage inférieure à celle des pays pauvres en ressources. Plus un pays africain possède de minerais, moins il transforme.
L'Afrique attire seulement ~10 % des dépenses mondiales d'exploration minière (~1,4 milliard $ en 2024) alors qu'elle représente 22 % des terres émergées. Ses données géologiques sont largement obsolètes. 8 600 milliards $ de richesse minière restent non développés.
La concentration du raffinage mondial s'intensifie, pas l'inverse : 86 % par les 3 premiers pays en 2024 (82 % en 2020). La Chine fournira encore +60 % du lithium et cobalt raffinés et ~80 % du graphite batterie en 2035.
Les puissances étrangères défendent leurs intérêts. C'est normal. La Chine a construit une industrie autour de minerais qu'elle ne possède pas. L'Europe sécurise ses approvisionnements. Les États-Unis diversifient. Chacun a une stratégie.
Pourquoi l'Afrique devrait-elle être la seule à ne pas en avoir une ?
Aucune puissance étrangère ne signe seule un contrat. Aucune entreprise étrangère ne définit seule une politique minière nationale. Les dirigeants africains portent une part de responsabilité que le militantisme oublie trop souvent.
Le Zimbabwe l'a fait pour le lithium (2022). Le résultat : une usine de sulfate en construction. L'Indonésie l'a fait pour le nickel et est devenue le premier transformateur mondial. Cette mesure fonctionne. Elle doit être étendue au cobalt, au graphite, aux terres rares et à l'or artisanal.
L'OPEP a montré que les producteurs qui négocient ensemble pèsent davantage. La RDC possède 73 % du cobalt, le Zimbabwe du lithium, le Mozambique du graphite, l'Afrique du Sud du manganèse. Ces pays ne devraient jamais négocier seuls. L'Union africaine doit porter une Alliance africaine des minerais critiques avec des quotas coordonnés et des prix planchers.
Chaque concession accordée à un groupe étranger doit inclure une obligation contractuelle de construire des capacités de transformation sur le sol africain dans un délai de 5 ans, avec des pénalités en cas de non-respect. Pas de transformation, pas de renouvellement.
Chaque contrat minier signé par un État africain doit être publié intégralement, audité annuellement par un organisme indépendant, et accessible aux citoyens. L'ITIE est un début. Il faut aller plus loin : publication obligatoire, pas volontaire.
Cobalt et cuivre en RDC. Lithium au Zimbabwe. Graphite au Mozambique. Or au Ghana. Pétrochimie au Nigeria et en Angola. Terres rares en Afrique du Sud. Financés par les revenus miniers, pas par l'aide internationale. Le FMI estime que l'extraction de minerais critiques pourrait accroître le PIB régional de 12 % ou plus d'ici 2050.
Chaque pays producteur doit créer au moins une école d'ingénierie minière et métallurgique de niveau international, financée par une taxe sur les exportations de minerais. La souveraineté commence par la compétence.
L'or africain est coté à Londres. Le cobalt à Shanghai. Le pétrole à New York. L'Afrique doit créer sa propre place de marché pour ses minerais stratégiques, avec des standards africains de certification et de traçabilité.
La Banque mondiale note que l'Afrique n'attire que 10 % des dépenses mondiales d'exploration malgré 22 % des terres. Les données géologiques sont largement obsolètes. Un programme continental de cartographie géologique numérique permettrait aux États de mieux connaître, évaluer et négocier leurs ressources.
600 millions d'Africains n'ont pas d'électricité. Les revenus du cobalt, du pétrole, de l'or et du lithium doivent financer en priorité l'électrification du continent, pas seulement les budgets courants. Un fonds souverain panafricain dédié à l'énergie devrait être créé.
L'affaire de l'uranium dans le cobalt congolais (Nature Communications, 2026) a montré qu'on pouvait exporter des milliers de tonnes de matière nucléaire sans que personne ne vérifie. Chaque gramme qui quitte l'Afrique doit être identifié, comptabilisé et contrôlé. La donnée est une infrastructure de souveraineté.
Nous ne demandons pas au monde de cesser de s'intéresser à nos ressources.
Nous demandons que nos ressources servent d'abord à construire notre propre puissance.
Nos minerais ne sont pas une malédiction. Ils sont une responsabilité.
Notre avenir ne se négocie pas. Il se construit.
La véritable souveraineté ne consiste pas à refuser le monde.
Elle consiste à pouvoir dialoguer avec le monde sans dépendre de lui pour exister.
Comprendre. Décrypter. Agir.
Fin de la série · Afrique : Les Dossiers · 6/6
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N°1 Cobalt · N°2 Uranium · N°3 Pétrole · N°4 Or · N°5 Lithium
Ce dossier de synthèse s'appuie sur l'ensemble des sources mobilisées dans les cinq dossiers précédents, ainsi que sur les données suivantes.