L'Afrique est le premier continent producteur d'or : 1 010 tonnes en 2024. Plus que l'Asie, les Amériques ou l'Océanie. Et pourtant, l'essentiel de la valeur se crée ailleurs.
Le Ghana est le premier producteur africain d'or et le sixième mondial. L'or représente plus de 60 % de ses recettes d'exportation et environ 8 à 10 % de son PIB. Les principales mines sont opérées par AngloGold Ashanti (Obuasi), Gold Fields (Tarkwa), Newmont (Ahafo) et Kinross.
Plus d'un million de personnes dépendent du secteur aurifère. Mais le pays lutte depuis des années contre le galamsey (exploitation illégale), qui détruit les cours d'eau, les terres agricoles et les forêts.
La question que le Ghana pose au reste du continent :
Les revenus miniers transforment-ils suffisamment l'économie nationale, ou financent-ils un modèle d'exportation qui laisse les communautés locales en marge ?
Au Mali, l'extraction artisanale produit autant que l'industrie : ~60 tonnes par an, hors circuit formel. Plus de 2 millions de personnes en dépendent. L'or représente près de 80 % des exportations maliennes.
Conditions dangereuses. Travail des enfants. Mercure. Circuits opaques. La question n'est pas de supprimer l'artisanat minier. C'est de le transformer en secteur économique structuré.
L'or africain est extrait en Afrique, exporté brut, raffiné en Suisse, aux Émirats, en Inde ou en Chine, certifié par des standards internationaux, puis vendu sur les marchés financiers de Londres, Dubaï et Zurich. À chaque étape, la valeur captée augmente. Et à chaque étape, la présence africaine diminue.
Le Soudan produit environ 80 à 90 tonnes d'or par an, pour une valeur estimée à ~6 milliards de dollars. Mais les chiffres officiels sous-estiment la réalité. Une grande partie de la production est artisanale, informelle, et les revenus sont souvent détournés.
Dans le contexte de la guerre civile qui a éclaté en avril 2023, l'or est devenu une source de financement pour les parties au conflit. Contrôler les mines signifie contrôler les revenus, les réseaux commerciaux et les capacités militaires. L'or devient une monnaie de guerre.
Le Soudan illustre le scénario le plus sombre : une ressource qui, en l'absence d'institutions solides, finance le présent mais détruit l'avenir.
Le 29 mars 2025, le Parlement ghanéen a voté le Ghana Gold Board Act (Act 1140). Le président Mahama l'a promulgué le 2 avril. Le GoldBod est désormais l'acheteur, vendeur, évaluateur et exportateur exclusif de tout l'or artisanal ghanéen. Tous les étrangers ont dû quitter le marché local de l'or avant le 1er mai 2025.
Le gouvernement a alloué 279 millions de dollars pour acheter au moins 3 tonnes d'or artisanal par semaine. Transactions exclusivement en cedis ghanéens, prix fixés par la Bank of Ghana.
Les exportations ghanéennes ont atteint un record de ~21 milliards de dollars en 2025, l'or compensant la chute du cacao. Les réserves de change sont remontées à environ six mois d'importations.
Le GoldBod est au Ghana ce que Dangote est au Nigeria : la preuve qu'un acteur africain peut reprendre le contrôle d'un maillon stratégique. Mais comme Dangote, c'est un début — pas une victoire acquise.
L'Afrique est le premier continent producteur d'or : 1 010 tonnes en 2024 (~20 % mondial). World Gold Council.
Ghana : 141 t, premier producteur africain. Or = 60 % des exportations, 8-10 % du PIB. AngloGold Ashanti, Gold Fields, Newmont présents.
Mali : ~100 t (industriel) + ~60 t (artisanal). Or = ~80 % des exportations. 2 millions de personnes dépendent du secteur.
Soudan : ~80-90 t, en grande partie informelles. L'or finance les parties au conflit.
Le Ghana Gold Board (GoldBod, Act 1140, mars 2025) a centralisé l'achat et l'exportation de l'or artisanal. Étrangers exclus du marché local.
L'essentiel du raffinage et de la certification se fait hors d'Afrique (Suisse, Émirats, Inde, Chine).
Que tout l'or africain est « volé ». Que toutes les entreprises minières exploitent les États. Que tous les circuits artisanaux sont illégaux — 10 millions de personnes en vivent. Que changer de partenaire étranger suffit à créer la souveraineté.
Le Ghana a montré qu'un État pouvait reprendre le contrôle de son marché aurifère en quelques mois. Le Soudan a montré ce qui arrive quand personne ne contrôle rien. Le Mali a montré qu'un pays peut dépendre à 80 % d'une seule ressource sans avoir construit l'industrie qui la transforme.
Chaque cas enseigne la même leçon que le cobalt, l'uranium et le pétrole :
La véritable question n'est pas combien d'or l'Afrique extrait.
C'est combien de puissance économique l'Afrique sait créer avec cet or.
La nouvelle bataille mondiale pour les ressources de la transition énergétique.
Ce dossier décrypte et contextualise des données publiques pour le citoyen africain. Nous distinguons faits vérifiés, estimations et analyses éditoriales.