L'Afrique produit ~7 millions de barils par jour. 600 millions d'Africains n'ont pas accès à une électricité fiable. Dangote change la donne. Le gaz sénégalais arrive. Et la question reste : pour qui ?
Le Nigeria a produit environ 1,5 million de barils par jour en 2024-2025, et vise 2 millions b/j. Le pétrole représente la majeure partie de ses exportations et de ses recettes publiques.
Pourtant, pendant des décennies, le pays a exporté du brut et importé une partie de son essence raffinée. Les quatre raffineries d'État (Port Harcourt, Warri, Kaduna) ont fonctionné en sous-capacité chronique. Le vol de pétrole a coûté des milliards de dollars par an — le Sénat nigérian estimait les pertes à 23 millions de dollars par jour en 2022.
L'Afrique est un exportateur net de pétrole brut mais est longtemps restée un importateur net de produits pétroliers raffinés. L'OPEC World Oil Outlook 2025 indique que l'Afrique devrait ajouter 1,2 million b/j de capacité de raffinage d'ici 2030.
La Dangote Refinery (Lagos, Nigeria) a démarré la production en janvier 2024. Capacité : 650 000 b/j — la plus grande raffinerie à train unique au monde. En février 2026, elle a atteint sa pleine capacité. Elle peut couvrir 100 % des besoins nigérians en essence, diesel et kérosène, avec un surplus pour l'exportation.
Les importations nigérianes d'essence ont chuté à un niveau historiquement bas début 2025. La capacité totale de raffinage du Nigeria atteignait 974 500 b/j au premier semestre 2025.
Dangote prouve qu'un acteur africain peut transformer le modèle. Mais il prouve aussi combien c'est difficile : il a fallu un milliardaire, 19 milliards de dollars d'investissement, et des années de batailles réglementaires.
Premier gaz le 31 décembre 2024. Premier GNL en février 2025. Première cargaison exportée en avril 2025. Capacité Phase 1 : ~2,3 millions de tonnes de GNL par an. Opérateur : BP. Partenaires : Kosmos Energy, Petrosen (Sénégal), SMHPM (Mauritanie). Coût : ~4,8 milliards de dollars.
Le projet prévoit aussi du gaz pour la consommation domestique au Sénégal et en Mauritanie.
Le Sénégal et la Mauritanie deviennent producteurs d'hydrocarbures. C'est un moment historique pour l'Afrique de l'Ouest. Mais la question que pose ce dossier est précise :
Le gaz africain servira-t-il d'abord à alimenter les marchés extérieurs ou l'industrialisation africaine ?
2019 : décision finale d'investissement de TotalEnergies pour le Mozambique LNG (~20 Mds $, 13,1 MTPA). Mars 2021 : attaque djihadiste sur Palma, force majeure déclarée, chantier suspendu. Fin 2025 : levée de la force majeure. Début 2026 : redémarrage annoncé par TotalEnergies et le président Chapo. Premier gaz repoussé à 2029.
TotalEnergies déclare 4,5 milliards de dollars de surcoûts pendant la suspension et entend les récupérer sur les futurs revenus du projet — avant le paiement des impôts au Mozambique. L'ISS note que ce montant représente environ 25 % de la valeur initiale du projet.
Le Mozambique illustre un mécanisme que nous avons déjà vu dans le cobalt et l'uranium : un pays peut posséder la ressource et rester en position de faiblesse dans la négociation. L'insurrection a transformé un atout stratégique en vulnérabilité financière.
L'Afrique produit ~7 M b/j, soit ~8 % de l'offre mondiale. Nigeria (1,5 M), Libye (~1,2 M), Angola (~1,1 M), Algérie (~1,0 M).
600 millions d'Africains subsahariens n'ont pas accès à l'électricité (IEA, 2024).
La raffinerie Dangote (650 000 b/j) a atteint sa pleine capacité en février 2026 et peut couvrir 100 % des besoins nigérians.
GTA (Sénégal/Mauritanie) a exporté sa première cargaison de GNL en avril 2025. Capacité : 2,3 MTPA.
Le Mozambique LNG (~20 Mds $) a été suspendu 4 ans par l'insurrection. TotalEnergies réclame 4,5 Mds $ de surcoûts avant impôts.
L'Afrique devrait ajouter 1,2 M b/j de capacité de raffinage d'ici 2030 (OPEC).
Les compagnies internationales ne sont pas un bloc homogène : Shell se retire partiellement du delta du Niger, TotalEnergies investit 20 milliards au Mozambique, BP ouvre un nouveau bassin en Afrique de l'Ouest.
La « malédiction des ressources » n'est pas une fatalité : ce sont les institutions faibles qui transforment une richesse en vulnérabilité, pas la ressource elle-même.
Dangote n'est pas reproductible mécaniquement : il a fallu un milliardaire, 19 milliards de dollars et des années de batailles. La question est de savoir comment créer les conditions pour que d'autres puissent suivre.
Le pétrole et le gaz africains ne sont ni une malédiction, ni une solution. Ils sont un levier.
Dangote a montré qu'un Africain pouvait construire la plus grande raffinerie du continent. GTA a montré que l'Afrique de l'Ouest pouvait devenir exportatrice de gaz. Le Mozambique a montré ce qui arrive quand l'insécurité renverse le rapport de force au profit de l'opérateur étranger.
Chaque cas enseigne la même leçon :
La souveraineté énergétique ne signifie pas fermer la porte au monde.
Elle signifie pouvoir négocier avec le monde en position de force.
Et pour négocier en position de force, il faut des raffineries, des compétences, des contrats transparents, des institutions solides et une vision à 30 ans.
Ghana. Mali. Soudan. Burkina Faso. Afrique du Sud. Pourquoi l'Afrique extrait-elle une partie importante de l'or mondial, mais reste-t-elle financièrement dépendante ?
Ce dossier décrypte et contextualise des données publiques pour le citoyen africain. Nous distinguons faits vérifiés, estimations et analyses éditoriales. Nous présentons les positions des différentes parties.