Le Niger a repris le contrôle de sa mine. Un tribunal international a gelé le stock. Et une question demeure : reprendre une mine, est-ce déjà construire une industrie ?
Le Niger reste stratégique, par la qualité de ses gisements, son histoire minière et la place d'Orano. Mais son poids statistique réel est loin du récit populaire.
En octobre 2024, les difficultés financières de la SOMAÏR l'ont contrainte à suspendre ses activités. Les exportations étaient bloquées depuis la crise de 2023. En décembre 2024, Orano a annoncé la perte de son contrôle opérationnel.
Environ 1 500 tonnes d'uranium restent stockées à Arlit. En septembre 2025, le CIRDI a ordonné au Niger de ne pas vendre, céder ou transférer ce stock pendant la procédure d'arbitrage.
Reprendre le contrôle juridique d'une ressource ne signifie pas maîtriser une industrie. Il faut des capitaux, des ingénieurs, des débouchés et une capacité à vendre.
La France et l'Europe ont déjà diversifié. Canada (36,7 %), Kazakhstan (20,3 %), Russie (16 %), Ouzbékistan (10,4 %), Namibie (5,7 %). La dépendance au Niger n'est plus ce qu'elle était.
Le projet d'Azelik reste en care and maintenance. CNNC International rapporte des problèmes de trésorerie persistants. La Chine ne possède pas aujourd'hui une machine opérationnelle prête à remplacer Orano au Niger.
En septembre 2025, le Niger a annoncé vouloir travailler avec Rosatom sur le développement de gisements d'uranium et proposé une coopération pour deux réacteurs nucléaires de 2 000 MW. Reuters
Aucune vente confirmée du stock d'Arlit à la Russie. Rosatom a explicitement démenti. L'Institut des Sciences Stratégiques distingue les discussions sur de futurs projets miniers de la question du stock historique.
Le Niger a produit ~1,6 % de l'uranium mondial en 2024. WNA
Le Niger ne représentait que 0,23 % des livraisons d'uranium aux centrales européennes en 2025. Euratom
La SOMAÏR a été nationalisée. Le contentieux est devant le CIRDI. ~1 500 t sont gelées.
La Russie cherche ouvertement une coopération nucléaire avec le Niger (gisements + réacteurs).
La Chine est profondément implantée dans l'uranium namibien (Husab, Rössing), pas encore opérationnelle au Niger.
La Russie a acheté le stock d'Arlit. Rosatom le nie. La Chine a « remplacé la France » au Niger. La nationalisation est une réussite économique. La présence française était uniquement motivée par le pillage, ou inversement, que les accords historiques étaient équitables.
La question n'est pas « la France nous a-t-elle exploités ? ». La question est trop petite.
La véritable question est : pourquoi l'Afrique accepte-t-elle encore d'être principalement le lieu où l'on extrait, plutôt que le lieu où l'on transforme, maîtrise et décide ?
Le Niger a tenté une rupture avec le modèle ancien. Mais cette rupture révèle une vérité inconfortable : reprendre une mine n'est pas encore construire une industrie. Chasser une entreprise étrangère n'est pas encore créer une technologie nationale. Changer de partenaire n'est pas encore devenir souverain.
Passer de Paris à Moscou ou de Paris à Pékin ne constitue pas automatiquement une libération.
La véritable souveraineté serait de pouvoir dire à toutes les puissances :
« Nous pouvons travailler avec vous, mais nous n'avons besoin d'aucun maître. »
Nous avons passé des décennies à demander : qui nous exploite ?
Il faut désormais poser une deuxième question, beaucoup plus exigeante :
Qu'allons-nous construire pour que plus personne ne puisse nous exploiter ?
Ce dossier décrypte et contextualise des données publiques et des enquêtes internationales pour le citoyen africain. Nous présentons systématiquement les positions des différentes parties. Nous distinguons les faits vérifiés des analyses éditoriales.