Enquête « Naza » volet 1/2 : comment une cible devient une frappe. Des soldats parlent, l'armée israélienne dément.
Illustration : création numérique assistée. Photomontage éditorial, non documentaire.

État des informations : 15 septembre 2026. Ce premier volet examine la chaîne algorithmique de ciblage. Le second examinera l'allégation des 500 civils, les zones interdites, l'unité secrète et la riposte politique.

Le sujet n'est pas une machine qui tuerait seule. C'est une chaîne où la vitesse algorithmique peut réduire le contrôle humain à une formalité.

Ce premier volet examine ce qui est déjà documenté : les 24 témoignages anonymisés du film, l'existence de Habsora et Lavender, la localisation de suspects dans des domiciles, le calcul anticipé des pertes civiles et l'industrialisation de la production de cibles.

Pourquoi cette enquête concerne aussi l'Afrique

Les systèmes militaires décrits dans Naza ne sont pas documentés comme étant déployés en Afrique. Il serait donc faux de l'affirmer. Mais la question de fond concerne directement le continent : qui contrôle les outils capables de suivre des téléphones, de classer des personnes et d'accélérer une décision coercitive ?

En Afrique de l'Ouest, Amnesty International Security Lab a documenté en 2021 une campagne visant un défenseur des droits humains au moyen d'un logiciel espion attribué au groupe Donot Team. L'enquête relevait également des liens techniques avec une entreprise commercialisant des outils d'analyse de données et de police prédictive auprès de services de sécurité, tout en précisant qu'elle ne disposait d'aucune preuve d'une implication directe de cette entreprise dans l'attaque.[1] Ce précédent n'établit aucun lien avec l'armée israélienne ni avec Habsora, Lavender ou NAZA. Il montre pourquoi les sociétés africaines ont intérêt à exiger, avant toute généralisation de technologies sécuritaires opaques, des règles d'autorisation, des audits indépendants, un relevé des erreurs et des voies de recours.

Premier fact-check : le film est déjà sorti en festival

Le titre « polémique avant sa sortie » doit être précisé. Naza a été présenté en première mondiale le 10 septembre 2026 à la Mostra de Venise. Deux jours plus tard, il a reçu le Prix spécial du jury de la compétition officielle.[2] Sa sortie commerciale générale n'a toutefois pas encore été annoncée. Il doit notamment être projeté au New York Film Festival les 26 et 27 septembre.[3]

Ce détail compte. Les responsables israéliens qui ont condamné le film ne réagissent pas à une œuvre inexistante, mais à un documentaire déjà vu par un public de festival et plusieurs journalistes. Cela ne garantit pas la véracité de son contenu. Cela interdit seulement de parler d'une polémique entièrement fabriquée autour d'un film que personne n'aurait vu.

Ce que « Naza » signifie

Le titre est présenté par les réalisateurs comme un acronyme utilisé dans le renseignement militaire israélien pour désigner les « dommages collatéraux », c'est-à-dire le nombre de civils dont la mort est anticipée lors d'une frappe.[4]

Le mot n'est pas un détail de jargon. Il résume le mécanisme que le film veut exposer : avant une attaque, la mort possible de civils n'est pas toujours une surprise découverte sous les gravats. Elle peut faire l'objet d'une estimation, d'un seuil et d'une autorisation.

Cela ne rend pas automatiquement la frappe illégale. Le droit des conflits armés admet qu'une attaque contre un objectif militaire puisse causer des pertes civiles incidentes. Il l'interdit si ces pertes sont attendues comme excessives au regard de l'avantage militaire concret et direct anticipé. Il impose également la distinction entre civils et combattants ainsi que toutes les précautions réalisables pour réduire les dommages.[5]

Le problème juridique ne tient donc pas au seul fait qu'un chiffre soit calculé. Il tient à la qualité des renseignements, à la valeur militaire de la cible, au caractère réellement humain du contrôle, aux précautions prises et au rapport entre l'avantage attendu et les pertes prévisibles.

Le film : 24 voix cachées, une thèse assumée

Naza est réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, deux des coréalisateurs de No Other Land. Le documentaire a été tourné clandestinement pendant trois ans, de nuit, sur des toits de Tel-Aviv. Les apparences et les voix de 24 militaires et agents du renseignement ont été modifiées afin de protéger leur identité.[6]

Le Guardian, coproducteur du documentaire, affirme que ces témoignages confidentiels ont été vérifiés.[18] Cette assurance ne permet toutefois pas au public de savoir combien de témoins ont présenté des états de service, combien parlent de faits directement vécus, combien ont été recoupés par une seconde source et combien de récits sont étayés par un document.

La majorité aurait travaillé derrière des écrans : collecte de signaux, surveillance, constitution de dossiers de cibles, estimation des victimes civiles ou transmission d'autorisations. Les réalisateurs ne présentent pas leur film comme une enquête sur quelques soldats incontrôlés. Leur thèse est beaucoup plus lourde : les pratiques décrites relèveraient de procédures, d'ordres et de politiques organisées.[7]

Cette thèse doit être évaluée en deux temps.

Premièrement, plusieurs mécanismes techniques décrits dans le film avaient déjà été révélés par des enquêtes antérieures. Deuxièmement, l'intention générale que les réalisateurs attribuent au système (tuer et détruire comme finalité, et pas seulement accepter des pertes civiles en poursuivant le Hamas) reste une conclusion qu'il faut établir frappe par frappe, directive par directive et niveau de commandement par niveau de commandement.

Un documentaire peut réunir des indices puissants. Il ne remplace ni l'accès aux ordres opérationnels ni une enquête judiciaire contradictoire.

Dépendance entre sources. Yuval Abraham est à la fois coréalisateur de Naza et auteur principal des enquêtes de +972 Magazine et Local Call de 2023 et 2024 citées dans ce volet. Ces travaux antérieurs reposent sur leurs propres sources militaires, mais leur concordance avec le film ne constitue pas une corroboration entièrement indépendante. Les documents de l'armée, les analyses de Human Rights Watch et les comptes rendus de Reuters et de l'Associated Press apportent des contrôles extérieurs, dans les limites précisées par cette enquête.

La chaîne des cinq étapes : ce que l'on sait, ce que l'on ignore

Les informations disponibles dessinent une chaîne en cinq étapes. Les noms et fonctions exactes restent contestés sur certains points, mais l'architecture générale est documentée.

ÉtageFonction attribuéeCe qui est documentéCe qui reste opaque
Habsora / "The Gospel" Croiser des données et suggérer des bâtiments ou objets à examiner comme cibles Son existence et son rôle d'aide au renseignement sont reconnus par l'armée Données d'entraînement, taux d'erreur, critères et volume exact de suggestions
Lavender Organiser et croiser des informations sur des personnes soupçonnées d'appartenir à un groupe armé Son existence est reconnue ; l'armée le qualifie de base de données d'assistance Scores, seuils, faux positifs, profondeur réelle de la vérification humaine
"Where's Daddy?" Signaler qu'une personne désignée se trouve dans un lieu, souvent un domicile HRW a confirmé un outil ayant cette fonctionnalité Nom officiel, précision réelle, fréquence d'emploi et sources de géolocalisation
NAZA Estimer ou autoriser les pertes civiles attendues Le calcul des dommages civils fait partie de la procédure officielle de ciblage Seuils par catégorie de cible, données d'occupation, signataires et audits après frappe
Décision de frappe Autoriser, différer ou annuler l'attaque après examen du dossier Selon l'armée, la décision finale appartient à un commandant opérationnel autorisé et doit intégrer les considérations opérationnelles, juridiques et humanitaires Grade exigé selon la cible, seuils d'escalade, noms des décideurs, avis divergents et registre des annulations

L'armée affirme que ces outils ne choisissent pas seuls une cible et ne donnent pas l'ordre de frapper. Elle indique qu'un analyste identifie la cible, qu'un officier du renseignement la valide et qu'un commandant opérationnel autorisé décide de l'attaque après examen des considérations militaires, juridiques et humanitaires.[8]

La déclaration publique de l'armée ne fournit cependant aucune grille reliant les différentes catégories de cibles à un échelon précis, qu'il s'agisse de la brigade, de la division, du commandement régional ou de l'autorité politique. Sans ordres opérationnels publiés, il serait imprudent d'attribuer ces niveaux d'approbation comme s'ils étaient établis. Ce cinquième étage est donc identifié dans son principe, mais sa chaîne hiérarchique demeure opaque.

Cette réponse officielle, publiée initialement le 18 juin 2024 puis mise à jour le 14 septembre 2026, conserve la même position de fond : les outils assistent le renseignement, tandis que l'identification, la validation et l'autorisation restent humaines.[8]

Cette version ne contredit pas l'existence d'une chaîne automatisée. Elle affirme que des humains demeurent à certains points de passage. Toute l'enquête porte sur la substance de leur intervention.

Première révélation : le « contrôle humain » peut être une formule vide

L'argument principal de l'armée est simple : la décision finale est humaine. Il est exact qu'un outil d'aide au ciblage n'est pas, en lui-même, une arme autonome. Human Rights Watch le reconnaît également.[9]

Mais la présence d'un humain ne suffit pas à prouver un contrôle sérieux.

En avril 2024, six officiers du renseignement interrogés par +972 Magazine et Local Call ont décrit un système où « Lavender » aurait marqué jusqu'à 37 000 Palestiniens comme membres présumés du Hamas ou du Jihad islamique, majoritairement de rang inférieur. L'un d'eux affirme avoir consacré environ vingt secondes à chaque dossier, essentiellement pour vérifier que la personne détectée était un homme.[10]

L'armée nie qu'une inscription dans Lavender suffise à faire d'une personne une cible et soutient que ses procédures exigent une analyse indépendante. Mais elle ne publie ni les procédures opérationnelles, ni un échantillon anonymisé de dossiers, ni les durées moyennes de vérification, ni les taux de rejet des recommandations de l'outil.[8]

Un humain peut signer une décision sans l'avoir réellement instruite. Si l'analyste ignore pourquoi le système a attribué un score, s'il ne consulte pas les données brutes ou s'il doit traiter des dizaines de cas à grande vitesse, le contrôle humain risque de n'être qu'un tampon administratif.

La question à poser n'est donc pas : « Un humain était-il présent ? » Elle est : qu'a-t-il vérifié, pendant combien de temps, avec quelles données, et combien de propositions de la machine a-t-il refusées ?

Deuxième révélation : le domicile familial devient une facilité opérationnelle

Le film affirme que des personnes soupçonnées d'appartenir au Hamas ont été visées chez elles, alors que leur famille s'y trouvait. Cette affirmation existait déjà dans l'enquête sur Lavender.

Selon les sources de +972 et Local Call, les domiciles étaient plus simples à associer automatiquement à une personne et les logiciels pouvaient signaler son retour à la maison. Le choix de frapper à domicile ne découlerait donc pas toujours d'une activité militaire menée dans la maison, mais d'une commodité de localisation.[11]

Cette distinction est capitale. Le fait qu'un combattant se trouve dans une habitation civile peut en faire une cible militaire temporaire, mais la maison et tous ses occupants ne deviennent pas pour autant des cibles. La légalité dépend encore de l'identification, de la proportionnalité et des précautions.

Le film va plus loin. Des témoins y décriraient l'écoute de conversations familiales, des téléphones piratés et l'utilisation de signaux indiquant qu'un homme est rentré chez lui. Reuters rapporte qu'un officier évoque même l'expression « papa est à la maison » captée sur le téléphone d'un enfant comme déclencheur suffisant pour lancer la séquence de frappe.[12]

Reuters rapporte ici les propos d'un témoin du film sans authentifier publiquement l'enregistrement ni confirmer le mécanisme technique décrit. Le compte rendu de l'Associated Press consulté ne mentionne pas cette séquence précise.[6] Cette affirmation n'est donc pas confirmée par un document technique rendu public. Elle reste toutefois cohérente avec une fonction de suivi de présence que Human Rights Watch dit avoir confirmée. HRW avertit qu'un téléphone n'est pas une personne : il peut être prêté, déplacé ou mal localisé, particulièrement dans une zone où les réseaux, l'électricité et les déplacements sont bouleversés.[13]

Troisième révélation : l'estimation des civils aurait parfois été statistique, pas réelle

Les enquêtes antérieures décrivent un autre point aveugle. Au lieu de vérifier en temps réel le nombre de personnes présentes dans chaque bâtiment, un modèle aurait utilisé la population enregistrée avant la guerre, puis appliqué une réduction statistique correspondant à la proportion supposée d'habitants ayant évacué le quartier.[14]

Exemple : si dix personnes résidaient officiellement dans une maison et que la moitié du quartier était considérée comme évacuée, le système pouvait estimer cinq personnes dans le bâtiment sans vérifier qui s'y trouvait réellement.

Dans une guerre marquée par les déplacements forcés, les familles regroupées sous un même toit et les destructions successives, cette méthode peut sous-estimer gravement la présence civile. Une maison recensée pour une famille peut en abriter plusieurs. Un quartier déclaré largement évacué peut encore contenir des personnes âgées, blessées, isolées ou incapables de partir.

L'armée affirme au contraire que l'estimation repose sur toutes les informations raisonnablement disponibles et qu'une évaluation individuelle est réalisée pour chaque frappe.[8] Elle ne publie toutefois pas les données permettant de comparer cette règle déclarée avec la pratique réelle.

Voilà l'un des principaux documents manquants : les estimations avant frappe confrontées aux constatations après frappe. Sans cet audit, personne ne peut mesurer la fiabilité du calcul NAZA.

Quatrième révélation : le système ne sert pas seulement à être plus précis, mais à produire plus de cibles

Le discours public sur l'intelligence artificielle militaire insiste sur la précision. Les enquêtes consultées montrent un autre objectif : la vitesse et le volume.

Dès novembre 2023, sept membres actuels ou anciens du renseignement israélien décrivaient à +972 et Local Call une « usine » capable de générer beaucoup plus de cibles que les équipes humaines traditionnelles.[15] Human Rights Watch a ensuite relevé que des responsables militaires avaient publiquement vanté la capacité de produire en quelques jours le travail qui exigeait auparavant près d'un an.[16]

Accélérer n'est pas nécessairement illégal. Mais une multiplication des cibles modifie mécaniquement le risque : plus de dossiers, moins de temps par dossier, davantage de dépendance aux corrélations automatiques et davantage de frappes possibles.

Le secret le plus important n'est peut-être donc pas l'existence d'une « IA tueuse ». C'est la transformation du renseignement en chaîne industrielle : la pénurie n'est plus celle des bombes ou des avions, mais celle du temps humain capable de contester ce que la machine propose.

Cinquième révélation : le statut de « suspect » peut devenir un permis de tuer

Human Rights Watch explique que Lavender utiliserait un apprentissage semi-supervisé pour repérer, dans une population large, des caractéristiques ressemblant à celles de personnes déjà étiquetées comme membres d'un groupe armé. Les facteurs possibles mentionnés dans la littérature militaire comprennent les relations sociales, la présence dans un groupe de discussion ou des changements répétés de téléphone et d'adresse.[17]

Ces corrélations ne prouvent pas qu'une personne combat. Dans une société dense, sous surveillance massive et bouleversée par la guerre, elles peuvent produire des faux positifs. L'armée affirme que Lavender ne constitue qu'une base de données et ne suffit jamais à désigner une cible.[8]

Le test journalistique est donc mesurable : quel pourcentage des personnes proposées par le système est rejeté après examen humain ? Combien d'erreurs ont été détectées après une frappe ? Les familles des personnes mal identifiées ont-elles été informées ?

Aucune série complète de chiffres n'est publique. Cela ne permet pas de savoir si ces données n'existent pas, si elles existent mais sont classifiées, ou si elles existent sans être communiquées.

Ce que ce premier volet établit

  1. Naza a été projeté et primé ; cela établit l'existence et la réception du film, pas la véracité de chaque témoignage.
  2. L'armée israélienne reconnaît l'existence de Habsora et Lavender ainsi que leur emploi dans le traitement du renseignement.
  3. Human Rights Watch a confirmé l'usage d'un outil ayant la fonction de localisation attribuée à « Where's Daddy? ».
  4. Des enquêtes distinctes décrivent une production accélérée de cibles, des frappes sur des domiciles et des vérifications humaines parfois très brèves.
  5. Les données permettant d'évaluer la fiabilité de cette chaîne (taux d'erreur, rejets humains, audits après frappe) ne sont pas publiques.

Ce que ce premier volet ne permet pas d'affirmer

  1. Il ne démontre pas que l'intelligence artificielle choisit et exécute seule une frappe.
  2. Il ne confirme pas que chaque personne signalée par Lavender est devenue une cible.
  3. Il ne permet pas de mesurer le nombre de faux positifs ni les erreurs de localisation.
  4. Il ne permet pas de conclure à la légalité ou à l'illégalité de toutes les frappes : cette appréciation exige les dossiers opérationnels et une analyse individualisée.

Les huit chiffres que l'armée devrait publier

  1. le nombre total de personnes signalées par Lavender ;
  2. la proportion retenue après examen humain ;
  3. la durée moyenne et médiane de vérification d'un dossier ;
  4. le taux de rejet des recommandations de Habsora et Lavender ;
  5. le nombre d'erreurs d'identité ou de localisation détectées ;
  6. le nombre de frappes où la personne recherchée était absente ;
  7. l'écart entre pertes civiles anticipées et pertes constatées ;
  8. le nombre d'enquêtes internes ouvertes et leurs suites.

Conclusion : la responsabilité ne disparaît pas dans la machine

Une base de données ne bombarde pas. Un algorithme ne signe pas seul un ordre. Mais une chaîne automatisée peut accélérer, standardiser et banaliser des décisions dont l'issue est irréversible.

L'armée affirme que l'humain décide. La preuve décisive n'est donc pas sa présence dans l'organigramme, mais ce qu'il vérifie réellement, le temps dont il dispose et sa capacité à refuser.

La machine ne porte pas seule la responsabilité. Elle peut toutefois permettre à chaque responsable de n'en porter qu'un fragment.

Le second volet suit. Il examinera l'allégation des 500 civils, les zones interdites, l'unité secrète évoquée par le film, la riposte politique et les documents capables de trancher.

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Note méthodologique

Cette enquête croise quatre catégories de sources : pages officielles des festivals, déclarations et documents de l'armée israélienne, enquêtes de presse reposant sur des sources militaires anonymes, et analyses indépendantes d'organisations spécialisées. Les affirmations du film sont toujours attribuées au film ou à ses témoins lorsqu'aucun document public ne les confirme.

Le Guardian étant producteur de Naza, ses articles et déclarations sont traités comme des sources informées mais intéressées. La réponse de l'armée israélienne est une source primaire indispensable, également intéressée. Les comptes rendus de Reuters et de l'Associated Press servent de contrôle indépendant sur le contenu projeté et les réactions publiques ; ils ne peuvent pas authentifier les témoins cachés.

Yuval Abraham occupe lui aussi une double position : coréalisateur du film et auteur des enquêtes antérieures de +972 Magazine et Local Call mobilisées dans cet article. Ces travaux reposent sur des sources militaires distinctes, mais ils ne peuvent pas être comptés comme une confirmation indépendante du film qu'il coréalise.

Le Guardian affirme avoir vérifié les témoignages confidentiels. Ni sa déclaration publique ni les éléments accessibles du film ne précisent toutefois combien de témoins ont fourni des documents militaires, combien ont été recoupés entre eux et combien rapportent des faits appris indirectement.

Le film intégral n'étant pas encore accessible commercialement, cette enquête s'appuie sur sa projection en festival, les descriptions de journalistes l'ayant vu, les déclarations des réalisateurs, les extraits publiés et les travaux antérieurs dont il est issu. Elle devra être mise à jour lors de la diffusion complète du documentaire et de tout appendice méthodologique.

Questions restées sans réponse publique

La réponse officielle de l'armée israélienne, publiée initialement le 18 juin 2024 et mise à jour le 14 septembre 2026, est intégrée à l'enquête. La déclaration du Guardian en défense du film est également prise en compte. Ces textes exposent les positions des parties, mais ne fournissent pas les données nécessaires pour auditer la chaîne de ciblage.

Dans les sources publiques consultées, les huit données listées ci-dessus restent sans réponse. Les réalisateurs, le Guardian et JW Films n'ont pas non plus publié le nombre de témoins dont les fonctions ont été vérifiées par des documents, ni le nombre de récits corroborés par une deuxième source indépendante. Cette section consigne donc un manque documentaire ; elle ne prétend pas qu'Afrique en Lutte a déjà adressé individuellement ces questions aux parties concernées.

Sources

[1] Amnesty International Security Lab, « Prominent activist targeted with Indian-made spyware linked to notorious hacker group », 7 octobre 2021.

[2] La Biennale di Venezia, « NAZA » ; « Official awards of the 83rd Venice International Film Festival », 12 septembre 2026.

[3] Film at Lincoln Center, « NAZA — 64th New York Film Festival », consulté le 15 septembre 2026.

[4] Associated Press, « Oscar-winning Israeli filmmakers' documentary on Gaza war premieres at Venice Film Festival », 10 septembre 2026.

[5] Comité international de la Croix-Rouge, base de droit international humanitaire coutumier : règle 1, distinction, règle 14, proportionnalité, règle 15, précautions.

[6] Associated Press, article précité, 10 septembre 2026.

[7] Yuval Abraham et Rachel Szor, « 'NAZA': Exposing Israel's killing machine in Gaza », +972 Magazine, 10 septembre 2026.

[8] Armée israélienne, « The IDF's Use of Data Technologies in Intelligence Processing », mise à jour le 14 septembre 2026.

[9] Human Rights Watch, « Questions and Answers: Israeli Military's Use of Digital Tools in Gaza », 10 septembre 2024, questions 13 et 14.

[10] Yuval Abraham, « 'Lavender': The AI machine directing Israel's bombing spree in Gaza », +972 Magazine et Local Call, 3 avril 2024.

[11] Ibid., sections « Linking targets to family homes » et « Where's Daddy? ».

[12] Reuters, « Israeli whistleblowers detail Gaza civilian toll in Venice film », 10 septembre 2026.

[13] Human Rights Watch, « Questions and Answers: Israeli Military's Use of Digital Tools in Gaza », 10 septembre 2024, questions 9 et 10.

[14] +972 Magazine et Local Call, enquête Lavender précitée, section sur le calcul des dommages collatéraux.

[15] Yuval Abraham, « 'A mass assassination factory': Inside Israel's calculated bombing of Gaza », +972 Magazine et Local Call, 30 novembre 2023.

[16] Human Rights Watch, « Questions and Answers: Israeli Military's Use of Digital Tools in Gaza », 10 septembre 2024, question 12.

[17] Human Rights Watch, « Questions and Answers: Israeli Military's Use of Digital Tools in Gaza », 10 septembre 2024, questions 5 à 7.

[18] Guardian News & Media, « A Guardian statement on NAZA », 14 septembre 2026.

Note pour le lecteur audio. La lecture commence au titre et s'arrête à « La machine ne porte pas seule la responsabilité. Elle peut toutefois permettre à chaque responsable de n'en porter qu'un fragment. » Durée estimée : environ 21 minutes. La mention relative à l'illustration, les sources, la méthode, les questions restées sans réponse publique et la présente note ne doivent pas être lues. Les guillemets et parenthèses sont rendus par l'intonation, sans être prononcés.

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