Ils partent de Lomé, de Conakry, de Bamako, de Douala. Ils ont 17 ans, 20 ans, 25 ans. Ils ont vendu le terrain familial, emprunté à tout le quartier, promis de rembourser dix fois. On leur a dit : « En Europe, tu trouveras du travail en une semaine. »
Ce qu'on leur promet
Un passeur qui « connaît la route ». Un bateau « solide ». Un contact « de l'autre côté » qui les attend. Un travail garanti à l'arrivée. Le tout pour 500 000, 1 million, parfois 2 millions de francs CFA. L'investissement d'une vie. Parfois de plusieurs vies : celles de parents, de frères, de villages entiers qui se cotisent.
Ce qu'ils trouvent
Le désert. La traversée du Sahara est la partie la plus meurtrière du voyage. Pas la mer. Le désert. Des camions surchargés qui tombent en panne. Des passeurs qui abandonnent les passagers quand la gendarmerie approche. La soif. La chaleur. Les corps de ceux qui n'ont pas survécu, visibles depuis la piste.
La Libye. Pour beaucoup, c'est l'étape la plus traumatisante. Les centres de détention où les migrants sont enfermés, battus, rançonnés. Les marchés aux esclaves documentés par CNN en 2017 et confirmés par l'OIM. Le travail forcé. Les viols. Les appels aux familles pour extorquer une rançon supplémentaire.
La mer. Des embarcations pneumatiques conçues pour 15 personnes, chargées avec 120. Pas de gilets de sauvetage. Pas de boussole. Un bidon d'essence qui fuit. Et la Méditerranée qui ne pardonne pas. Depuis 2014, plus de 28 000 personnes sont mortes ou ont disparu en tentant cette traversée.
L'arrivée : quand elle a lieu. Pas de contact. Pas de travail garanti. Des mois dans un centre d'accueil surpeuplé. Un dossier de demande d'asile souvent rejeté. L'irrégularité administrative. La précarité. L'invisibilité. Et la honte de rentrer sans rien, alors que tout le quartier attend des nouvelles.
Pourquoi partent-ils quand même ?
Parce que rester semble pire que partir. Parce que le chômage à 60 % chez les jeunes n'est pas un chiffre : c'est une vie sans horizon. Parce que les dirigeants qui devaient créer des opportunités ont créé des dynasties. Parce que l'échec du développement local est le premier passeur. Condamner ceux qui partent sans interroger ce qui les pousse, c'est traiter la fièvre sans chercher l'infection.
Ce que nous devons dire à nos jeunes
La migration n'est pas un crime. Partir chercher mieux n'a rien de honteux. Mais la migration clandestine est un piège dans lequel les passeurs gagnent toujours et les migrants perdent souvent. Il existe des voies légales : longues, difficiles, mais qui ne tuent pas. Et il existe un combat à mener ici : exiger des gouvernements qu'ils créent les conditions pour que partir devienne un choix, pas une fuite.
Questions à la communauté
Connaissez-vous quelqu'un qui a tenté la route ? Que s'est-il passé ? Les familles qui financent le voyage sont-elles informées des risques réels ? Que devrait faire un gouvernement pour que les jeunes n'aient plus besoin de risquer leur vie pour vivre dignement ? Comment accompagner ceux qui reviennent sans les juger ?
Un continent qui oblige sa jeunesse à fuir n'a pas un problème de migration.
Il a un problème de gouvernance.
L'Afrique en Lutte