Eux, les grues. Nous, le ruban. — Illustration : L'Afrique en Lutte

Un continent riche en terres, en minerais, en jeunesse et en intelligence peut-il dépendre éternellement des autres pour construire son propre avenir ? La question dérange. Elle est pourtant incontournable.

Eux
  • Ils construisent nos routes.
  • Ils construisent nos ports.
  • Ils construisent nos ponts.
  • Ils construisent nos hôpitaux.
  • Ils construisent nos stades.
  • Ils financent nos projets.
  • Ils exploitent nos ressources.
  • Ils prêtent l'argent.
  • Ils gagnent les marchés.
  • Ils repartent avec les bénéfices.
Et nous ?
  • Nous coupons les rubans.
  • Nous faisons les discours.
  • Nous applaudissons les chantiers.
  • Nous posons devant les caméras.
  • Nous appelons cela « développement ».

La question qui dérange

L'Afrique leur appartient-elle ?

Pourquoi un continent aussi riche en terres, en minerais, en jeunesse et en intelligence dépend-il autant des autres pour construire son propre avenir ? Pourquoi nos États célèbrent-ils des infrastructures que nos entreprises locales ne maîtrisent pas ?

Pourquoi nos ingénieurs sont-ils sous-utilisés ? Pourquoi nos artisans sont-ils méprisés ? Pourquoi nos jeunes diplômés sont-ils au chômage pendant que les grands marchés partent ailleurs ? Pourquoi nos matières premières sortent-elles brutes et reviennent-elles transformées à prix fort ?

Coopération ou dépendance ?

Le problème n'est pas de coopérer avec le monde. Le problème, c'est de devenir éternellement dépendants.

Une coopération saine élève les deux parties. Une dépendance prolongée appauvrit l'un et enrichit l'autre.

L'Afrique ne doit pas seulement être le terrain des chantiers. Elle doit devenir propriétaire de ses compétences, de ses industries, de ses technologies et de ses décisions. Tant que nous ne construirons pas nous-mêmes une partie essentielle de ce que nous consommons, utilisons et célébrons, notre indépendance restera incomplète.

Le vrai développement se mesure à cinq questions

  • Qui construit ?
  • Qui finance ?
  • Qui contrôle ?
  • Qui apprend ?
  • Qui gagne ?

Si la réponse est toujours « les autres », alors ce n'est pas encore notre développement. C'est leur marché.

À nous de jouer

  • À nous de former — nos ingénieurs, nos techniciens, nos artisans.
  • À nous d'investir — dans nos entreprises, nos infrastructures, notre recherche.
  • À nous d'industrialiser — pour que nos matières premières soient transformées ici.
  • À nous de protéger nos entreprises — pour qu'elles grandissent avant d'affronter les géants.
  • À nous de créer des champions africains — capables de gagner les grands marchés du continent.

Sinon, demain encore, ils construiront tout. Et nous, nous inaugurerons notre propre dépendance.

Cet article fait partie de ce dossier : Souveraineté économique et émancipation

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