Togo, ça suffit ! Le carburant augmente, le peuple s'écrase. Nouveaux prix au 27 mai 2026 : super sans plomb 725 FCFA, gasoil 750, pétrole lampant 1040, mélange 2 temps 811. Un peuple qui n'a plus les moyens de vivre ne peut pas éternellement se taire.
Un peuple qui n'a plus les moyens de vivre ne peut pas éternellement se taire. — Visuel : Afrique en Lutte

Les faits, vérifiés

Par arrêté interministériel signé le 26 mai 2026 et applicable dès le 27, les prix à la pompe passent à : super sans plomb 725 FCFA (+45), gas-oil 750 FCFA (+55), pétrole lampant 1 040 FCFA (+590), mélange deux temps 811 FCFA (+42). Signataires : Badanam Patoki (Économie), Georges Essowè Barcola (Finances) et Robert Koffi Messan Eklo (Énergie). L'arrêté abroge celui du 9 avril 2026 — deux hausses en deux mois. Une majoration jusqu'à 20 FCFA/litre s'applique dans les localités reculées. Contexte invoqué : la flambée du Brent après le blocage du détroit d'Ormuz fin février 2026.

L'encre de l'arrêté est à peine sèche. Trois signatures, quelques tampons, et le tour est joué. À compter du 27 mai, le Togolais ordinaire paiera 725 FCFA le litre d'essence, 1 040 FCFA le pétrole lampant — ce même pétrole lampant que les plus pauvres, ceux que l'État a oublié d'électrifier, brûlent encore pour voir la nuit. Et ce n'est même pas la première fois cette année : il y avait déjà l'arrêté du 9 avril. Deux mois. Deux coups de massue.

L'arithmétique de la misère

Soyons concrets, parce que les technocrates adorent les tableaux bien alignés. La « Structure Officielle des Prix » : 39 lignes de justifications savantes, des CAF Lomé, des droits de douane, des marges de pétroliers à 4 000 FCFA/HL. Pendant ce temps, le Togolais moyen gagne entre 50 000 et 80 000 FCFA par mois.

Un mototaxi — le « Zémidjan », colonne vertébrale de la mobilité des plus démunis — consomme 3 à 5 litres par jour. Faites le calcul : à 725 FCFA le litre, c'est plus de 100 000 FCFA de carburant par mois pour travailler. Le conducteur travaille à perte, ou répercute sur un client lui aussi pauvre. Et la spirale tourne :

  • Le boutiquier de quartier qui livre sa marchandise ? Il augmente.
  • La femme qui vend au marché de Kévé ou d'Atakpamé ? Elle augmente.
  • Le transporteur de Dapaong, qui paie désormais un différentiel transport en plus ? Il augmente.

Tout augmente — sauf les salaires.

Les vraies questions qu'on n'ose pas poser

À quoi sert un État qui ne protège pas son peuple des chocs qu'il génère lui-même ? Le « mécanisme d'ajustement automatique » est cité en référence. Automatique : le mot est lâché. Le gouvernement s'est construit un système qui augmente les prix presque sans décision politique assumée. C'est pratique : on peut toujours accuser « les cours mondiaux », « le dollar », « le marché ». Jamais soi-même.

Où sont les mesures d'accompagnement ? Ailleurs, quand le carburant flambe, on instaure un chèque énergie, une remise à la pompe, un gel temporaire. Ici, la seule « générosité » de l'arrêté : une majoration de 20 FCFA maximum pour les zones éloignées. Autrement dit, les plus isolés paient encore plus. C'est la politique du dernier kilomètre : elle coûte toujours au dernier de la chaîne.

Qui sont réellement « les pétroliers » qui empochent 4 000 FCFA/HL de marge, inscrits noir sur blanc dans le tableau officiel ? Le PADSP — « Prélèvement pour l'Apurement de la Dette du Secteur Pétrolier » — prend 1 000 FCFA/HL sur l'essence. Le citoyen rembourse donc, à chaque plein, les dettes d'un secteur privé. Sans jamais être consulté.

La question la plus brutale

Combien de temps encore ? Depuis combien d'années les Togolais entendent-ils que « la situation est difficile », que « les cours mondiaux sont défavorables », que « des efforts sont nécessaires » ? Depuis combien d'élections les mêmes visages signent-ils les mêmes arrêtés ?

La prison sans barreaux

Ce qui est glaçant dans la situation togolaise, ce n'est pas seulement la pauvreté. C'est l'absence de soupape. La presse indépendante est étroite. La rue est surveillée. Les syndicats sont domestiqués ou marginalisés. Les réseaux sociaux sont le dernier espace — et chacun sait qu'il se réduit progressivement.

Le Togolais en colère peut poster, rouspéter entre amis, soupirer devant la pompe. Et puis il paie. Parce qu'il n'a pas le choix. C'est ça, la vraie violence de ce document bureaucratique de quatre pages : il est propre, il est légal, il est signé, il sera publié au Journal Officiel. Personne n'ira en prison pour l'avoir signé. La misère, quand elle est légale, est la plus difficile à combattre.

Ce que dit l'avenir proche

Si rien ne change dans le rapport de force, voilà ce qui attend les Togolais dans les 12 à 18 prochains mois :

  • Une inflation rampante sur presque tout ce qui se mange et se construit.
  • Un exode rural accéléré vers Lomé, déjà saturée.
  • Des petits transporteurs et artisans ruinés, incapables de répercuter la hausse.
  • Une jeunesse sans perspective qui regardera vers Abidjan, Accra, Cotonou, l'Europe — n'importe où ailleurs.
  • Et un prochain arrêté, dans quelques mois, qui ajustera encore « automatiquement » les prix à la hausse.

En guise d'interpellation

Un gouvernement qui augmente le carburant sans filet social ne gère pas une économie : il gère une rente. Un État qui invoque « les fluctuations des cours mondiaux » sans jamais invoquer la souffrance de ses propres citoyens n'est pas un État social : c'est un comptable. Et un peuple qu'on réduit méthodiquement à survivre — trop épuisé pour s'indigner, trop pauvre pour s'organiser — n'est plus un peuple qu'on gouverne. C'est un peuple qu'on exploite.

La question n'est plus de savoir si les Togolais souffrent : les chiffres le prouvent, arrêté après arrêté. La question est : jusqu'où ?

Cet article fait partie de ce dossier : Togo : anatomie d'un pouvoir

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