Assez d'emprunts sans comptes ! Nous exigeons la reddition de comptes et une dette au service du peuple. Notre argent, notre avenir, notre droit !
La véritable richesse de l'Afrique, c'est son peuple, pas ses dettes. Visuel : Afrique en Lutte

SÉRIE DETTE · DERNIER VOLET 3 SUR 3

Fin de notre série. Après le constat du piège silencieux et la question sur l'argent disparu, voici la doctrine en trois mots : emprunter moins, contrôler mieux, produire davantage.

Les faits

Le FMI recommande explicitement au Cameroun de limiter le recours aux emprunts commerciaux coûteux, d'améliorer la mobilisation des recettes non pétrolières et de mieux exécuter les investissements. Le déficit 2026 devrait atteindre 631 milliards de FCFA, avec des besoins totaux de 3 104,2 milliards. La Banque mondiale rappelle qu'à peine 25 % des pays à faible revenu publient les détails de leurs prêts. (Sources : FMI Article IV 2026 Cameroun ; Reuters ; Banque mondiale, Radical Debt Transparency, juin 2025.)

La dette n'est pas, à elle seule, le scandale. Le scandale, c'est la dette qui devient un substitut à la stratégie, un palliatif à la vision, une béquille permanente pour des États qui n'arrivent plus à transformer l'argent emprunté en puissance réelle.

Au Cameroun, les signaux sont suffisamment clairs pour qu'on cesse de se raconter des histoires : le FMI dit que le pays reste exposé à un risque élevé de dette, que la performance budgétaire s'est dégradée en 2025, et qu'il faut désormais resserrer la politique budgétaire, renforcer la planification des investissements et privilégier davantage les financements concessionnels. Reuters rapporte que le déficit 2026 devrait plus que doubler. Autrement dit : ce n'est plus un simple débat technique, c'est un avertissement politique.

Emprunter moins

Emprunter moins, d'abord, ce n'est pas prêcher l'inaction. C'est refuser que l'endettement devienne l'unique mode de gestion de l'État. Le FMI recommande explicitement au Cameroun de limiter le recours aux emprunts commerciaux coûteux, d'améliorer la mobilisation des recettes non pétrolières et de mieux exécuter les investissements publics, précisément parce que les tensions de liquidité et les vulnérabilités budgétaires restent fortes.

Quand une économie dépend trop des financements extérieurs pour boucler ses comptes, elle perd sa marge de manœuvre et finit par négocier sous contrainte. La souveraineté ne commence pas quand on signe un nouveau prêt. Elle commence quand on sait s'en passer plus souvent.

Contrôler mieux

Contrôler mieux, ensuite, parce que l'Afrique ne peut plus continuer à emprunter dans le brouillard. La Banque mondiale a appelé en 2025 à une transparence radicale de la dette : publication complète des prêts souverains, audits réguliers, divulgation publique des conditions de restructuration et registres de prêts accessibles. Elle souligne qu'à peine 25 % des pays à faible revenu publient des informations au niveau des prêts, ce qui rend les risques réels plus difficiles à mesurer.

Le FMI dit la même chose autrement : au Cameroun, il faut renforcer les réformes de gouvernance, améliorer la transparence des finances publiques, opérationnaliser le compte unique du Trésor, mieux planifier les investissements et corriger les faiblesses d'exécution. Ces recommandations montrent qu'un pays peut s'endetter davantage tout en restant prisonnier d'une machine publique inefficace et peu lisible. Ce n'est pas seulement un problème de chiffres. C'est une crise de crédibilité de l'État.

Produire davantage

Produire davantage, enfin, parce qu'aucun pays ne sort durablement du piège de la dette en vivant au-dessus de sa capacité productive. Le FMI souligne que les fragilités du Cameroun sont liées à la faiblesse des recettes non pétrolières, à la dépendance vis-à-vis de quelques exportations volatiles, à des retards dans l'investissement public et à la nécessité d'une croissance tirée davantage par le secteur privé.

Tant que l'économie ne transforme pas plus localement, n'exporte pas plus de valeur ajoutée et ne crée pas assez d'emplois, chaque nouveau prêt ne fait que repousser le problème au lieu de le résoudre.

La culture de la preuve

C'est ici que le débat africain doit devenir plus franc. Nous ne manquons pas seulement d'argent. Nous manquons d'une culture de la preuve, de l'exigence et de la production. Un État qui emprunte doit pouvoir montrer, projet par projet, ce qui a été construit, ce qui fonctionne, ce qui a été livré, et ce qui a réellement amélioré la vie des citoyens.

Sinon, la dette devient une facture politique renvoyée au peuple sous forme de taxes, de coupes, de services publics fragilisés et de générations futures déjà prises en otage. La souveraineté budgétaire ne se proclame pas : elle se démontre dans les comptes, les résultats et les chaînes de valeur.

Emprunter moins.
Contrôler mieux.
Produire davantage.

Ce n'est pas un slogan moral. C'est une doctrine de survie nationale.

Une Afrique qui veut être respectée doit d'abord être lisible, responsable et productive. Tant que la dette servira à masquer l'absence de vision, elle hypothéquera l'avenir. Tant qu'elle restera entourée d'opacité, elle nourrira la suspicion. Tant que la production locale restera faible, elle continuera de financer la dépendance. La véritable richesse de l'Afrique, c'est son peuple, pas ses dettes.

Dernier volet de la série, dans le dossier Souveraineté. Relire la série : Volet 1 · Volet 2 · Volet 3.

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