SÉRIE DETTE · 2 sur 3
Deuxième volet de notre série. Après le constat du piège silencieux, nous suivons l'argent : où va-t-il vraiment ?
Les faits
Selon le FMI (mission Article IV 2026 au Cameroun), l'investissement public a augmenté ces dernières années, mais cette hausse a dépassé la capacité d'exécution de l'administration : entre 2021 et 2025, les taux d'exécution budgétaire ont tourné autour de 89 %, avec des faiblesses persistantes dans la planification et les achats publics. La Banque mondiale, dans son rapport « Radical Debt Transparency » (juin 2025), révèle qu'à peine un quart des pays à faible revenu publient des informations détaillées prêt par prêt, et que 54 % d'entre eux sont en situation de surendettement ou à risque élevé. (Sources : FMI Article IV 2026 ; Banque mondiale, Radical Debt Transparency 2025 ; Reuters.)
Au Cameroun, le débat sur la dette a quitté le terrain des abstractions. Les chiffres sont là, les rapports aussi. Reste une question que personne au pouvoir ne veut entendre : où va réellement l'argent ?
Reuters a rapporté que le déficit budgétaire projeté pour 2026 devait plus que doubler, tandis que les besoins de financement atteignaient plus de 3 100 milliards de FCFA, alimentés par un recours combiné aux emprunts extérieurs, aux prêts-projets, au financement bancaire et aux émissions de titres. Le FMI, de son côté, confirme que les finances publiques se sont affaiblies en 2025, sous l'effet d'une baisse des recettes non pétrolières et de dérapages de dépenses courantes, alors même que la dette reste exposée à un risque élevé de tension.
Que finance-t-on exactement ?
C'est ici que la question devient politique, puis morale : quand l'endettement augmente plus vite que la capacité de l'État à exécuter ses investissements, que finance-t-on exactement ?
Le FMI explique que, depuis plusieurs années, l'investissement public a bien augmenté, mais que cette hausse a dépassé la capacité d'exécution de l'administration, ce qui a nourri des inefficiences. Le même document note qu'entre 2021 et 2025, les taux d'exécution budgétaire ont tourné autour de 89 %, avec des faiblesses persistantes dans la planification, les achats publics et la gestion des projets. Autrement dit, une partie de l'argent promis au développement se perd dans les retards, les dépassements, les frictions administratives et les arbitrages de court terme.
La chaîne qui se brise
Le cœur du problème n'est donc pas seulement la dette. C'est la chaîne de transformation de la dette en bien public qui se brise. Le FMI recommande explicitement d'améliorer la planification et l'exécution des investissements, d'étendre le financement concessionnel des projets et d'opérationnaliser le compte unique du Trésor pour mieux maîtriser les flux publics.
Quand une institution multilatérale en arrive à recommander ces mesures, c'est bien qu'elle identifie un déficit structurel de gouvernance financière, pas simplement un manque de moyens.
L'opacité, terreau du soupçon
C'est aussi pour cela que la question de la transparence devient centrale. La Banque mondiale appelle à une transparence radicale sur la dette publique, tandis que Reuters souligne qu'à peine 25 % des pays à faible revenu publient des informations au niveau des prêts, alors que les financements hors bilan et les contrats opaques compliquent la lecture des risques réels.
Quand les contrats ne sont pas publiés, quand les audits sont rares ou peu accessibles, quand les citoyens ne peuvent pas suivre l'usage des fonds, l'espace est ouvert au soupçon de gaspillage, de mauvaise allocation, voire de diversion. Ce n'est pas une accusation automatique : c'est la conséquence logique de l'opacité.
La vraie question
Voilà pourquoi la question n'est pas : « Faut-il emprunter ? »
La vraie question est :
Qui contrôle l'emprunt, qui vérifie l'exécution, qui rend des comptes au peuple ?
Un prêt qui ne produit ni route fonctionnelle, ni école digne, ni hôpital équipé, ni usine opérationnelle, ni emploi durable, n'est pas du développement : c'est un report de charge sur les générations suivantes. Le FMI lui-même insiste sur la nécessité de renforcer la mobilisation des recettes, d'améliorer l'exécution budgétaire et de réduire les pressions de liquidité si l'on veut éviter que les finances publiques ne restent prisonnières d'un cycle de dépendance.
L'Afrique ne manque pas seulement d'argent ; elle manque d'une discipline de la preuve. Elle doit exiger des contrats publics lisibles, des audits réguliers, des calendriers publiés, des résultats mesurables et des sanctions quand les promesses budgétaires ne deviennent pas réalité. Tant que la dette restera un langage de pouvoir au lieu d'être un outil de transformation, elle continuera d'appauvrir ce qu'elle prétend développer.
À suivre, volet 3 sur 3 : ce que nous exigeons.
Deuxième volet de la série, et partie du dossier Souveraineté. Volet précédent : Le piège silencieux.
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