SÉRIE SPÉCIALE · 1 sur 4
Une réflexion en quatre volets sur le basculement en cours : la fin des influences héritées, et la construction d'une Afrique qui choisit ses partenaires au lieu de les subir. Voici le premier.
Pendant trop longtemps, l'Afrique a été enfermée dans un récit qui ne correspondait pas à son potentiel réel.
Un récit où elle était toujours présentée comme un continent à aider, à encadrer, à accompagner — mais rarement comme un continent capable de décider, de produire et de construire sa propre puissance.
On nous a appris à regarder nos blessures avant de regarder nos forces. On nous a appris à expliquer nos retards avant de construire nos stratégies. On nous a habitués à négocier en position de faiblesse, comme si l'Afrique n'avait ni ressources naturelles, ni jeunesse dynamique, ni intelligence stratégique pour tracer sa propre voie.
Mais cette époque arrive à sa fin.
La France a perdu une décennie stratégique qu'elle n'a jamais regagnée.
Cette phrase résume un changement profond. Ce n'est pas seulement une question française : c'est une transformation globale du rapport entre l'Afrique et le reste du monde.
Pendant des décennies, certaines puissances ont considéré que leurs liens historiques avec l'Afrique leur donnaient un droit naturel sur le continent. Mais un héritage historique ne garantit jamais une influence éternelle. Une relation qui n'évolue pas finit toujours par se fragiliser.
Une génération qui questionne
L'Afrique d'aujourd'hui n'est plus celle d'hier. Une nouvelle génération questionne davantage :
- les accords économiques ;
- les partenariats militaires ;
- la gestion des ressources naturelles ;
- la place réelle des intérêts africains dans les décisions internationales.
Le problème n'est pas que l'Afrique refuse les partenaires étrangers. Le problème est qu'elle refuse désormais les relations où le respect n'est pas réciproque. Elle ne veut plus être considérée comme une zone d'influence. Elle veut être reconnue comme un acteur stratégique.
La fin du privilège automatique
Pendant longtemps, certains partenaires ont bénéficié d'une position privilégiée en Afrique non seulement grâce à leurs compétences, mais aussi grâce à une histoire politique particulière. Mais une nouvelle réalité apparaît : aucun partenariat ne peut survivre éternellement sans confiance, sans équilibre et sans respect.
L'Afrique ne veut plus d'une coopération où elle fournit principalement les matières premières et importe principalement les produits finis. Elle ne veut plus d'un système où ses ressources créent de la richesse ailleurs avant de créer de la prospérité chez elle. Elle ne veut plus d'un modèle où ses dirigeants négocient l'avenir de leurs peuples sans véritable participation citoyenne.
Le temps des relations héritées doit laisser place aux relations choisies.
La vraie question
La vraie question n'est plus : qui domine l'Afrique ? La vraie question est : l'Afrique est-elle prête à devenir maîtresse de son propre destin ?
Car le changement ne viendra pas uniquement du recul d'une puissance étrangère. Il viendra surtout de la capacité des Africains à construire une alternative. Une Afrique souveraine ne cherche pas à remplacer une dépendance par une autre. Elle ne cherche pas seulement à changer de partenaire. Elle cherche à changer de position.
Passer de spectatrice à actrice.
Passer de consommatrice à productrice.
Passer de dépendante à souveraine.
À suivre — volet 2/4.
Cet article ouvre une série de quatre, et fait partie du dossier : Souveraineté économique et émancipation.
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L'Afrique en Lutte