Le piège de la dépendance. Nos ressources partent brutes, la valeur est créée ailleurs, nous rachetons plus cher, nos peuples payent le prix.
Un accord qui nous affaiblit aujourd'hui nous enchaîne demain. L'Afrique mérite le respect, pas l'exploitation. — Visuel : Afrique en Lutte

SÉRIE SPÉCIALE · 2 sur 4

Deuxième volet de notre série sur la souveraineté. Après la fin des influences héritées, voici le mécanisme concret de la dépendance — et pourquoi il commence aussi chez nous.

L'Afrique doit avoir le courage de regarder une réalité en face : le problème n'est pas seulement ce que les autres font de nous. Le problème est aussi ce que nous acceptons parfois de devenir.

Pendant trop longtemps, une partie du continent a fonctionné dans une logique où l'urgence remplaçait la stratégie. Nous avons souvent négocié pour obtenir une aide immédiate, un financement rapide ou une solution temporaire, sans toujours mesurer le prix politique, économique et stratégique de certains engagements.

Or, un peuple qui échange son avenir contre des avantages à court terme finit toujours par payer le prix de ses choix.

La véritable indépendance ne consiste pas seulement à avoir un drapeau, un hymne et un siège aux Nations unies. Elle consiste à pouvoir décider librement de son économie, de ses ressources, de ses alliances et de son modèle de développement.

Le temps des contrats déséquilibrés doit prendre fin

Pendant des décennies, l'Afrique a souvent été enfermée dans un modèle économique où elle exporte principalement ses richesses brutes et importe des produits transformés à forte valeur ajoutée.

Nous extrayons nos minerais.
Nous exportons nos matières premières.
Nous vendons notre potentiel brut.
Puis nous rachetons des produits finis beaucoup plus chers.

Cette logique doit être remise en question. Un continent qui possède certaines des plus grandes réserves mondiales de ressources naturelles ne peut pas rester éternellement dépendant de ceux qui viennent transformer ce qu'il possède.

La question n'est pas de fermer nos portes au monde. La question est : pourquoi l'Afrique devrait-elle toujours être celle qui fournit les ressources pendant que d'autres construisent la valeur ?

La coopération ne doit pas être un autre nom de la dépendance

Le mot « coopération » est beau. Mais un beau mot ne garantit pas toujours une relation juste. Une vraie coopération repose sur trois principes :

  • Le respect. Chaque partenaire reconnaît la souveraineté de l'autre.
  • L'équilibre. Chaque partie tire un bénéfice réel de la relation.
  • La transparence. Les peuples concernés comprennent ce qui est négocié en leur nom.

Lorsqu'un accord est signé sans vision à long terme, lorsqu'un pays accepte des conditions qui limitent sa capacité de décider demain, il ne s'agit plus d'un partenariat équilibré. Il s'agit d'une dépendance organisée.

Ne pas remplacer une domination par une autre

Un danger existe également : croire que la souveraineté consiste simplement à changer de partenaire. Ce serait une erreur stratégique. L'Afrique ne doit pas passer d'une dépendance envers une puissance à une dépendance envers une autre.

Le véritable objectif n'est pas de choisir qui dominera le continent. Le véritable objectif est que personne ne puisse plus décider à la place des Africains. Que ce soit avec l'Europe, l'Asie, l'Amérique ou toute autre région du monde, la relation doit être basée sur l'intérêt mutuel.

Nous travaillons avec ceux qui nous respectent.
Nous avançons avec ceux qui investissent avec nous.
Nous construisons avec ceux qui reconnaissent notre souveraineté.

Le plus grand changement doit venir de nous-mêmes

Il serait trop facile d'accuser uniquement l'extérieur. La vérité est que certaines faiblesses africaines viennent aussi de nos propres choix :

  • des dirigeants qui privilégient parfois leur maintien au pouvoir plutôt que l'intérêt national ;
  • des institutions fragiles ;
  • une corruption qui détruit la confiance ;
  • un manque de vision industrielle ;
  • une jeunesse insuffisamment préparée aux défis du futur.

Aucune puissance étrangère ne peut empêcher un continent organisé de réussir. Mais aucun continent désorganisé ne peut devenir souverain, même avec les meilleures ressources du monde. La souveraineté commence par la responsabilité.

Le réveil d'une génération

La nouvelle génération africaine doit comprendre qu'elle hérite d'une mission historique. Elle ne doit pas seulement réclamer une Afrique différente : elle doit contribuer à la construire. Cela signifie apprendre davantage, créer davantage, produire davantage, investir davantage, réfléchir davantage.

La révolution africaine du XXIᵉ siècle ne sera pas seulement dans les rues. Elle sera aussi dans les laboratoires, les entreprises, les universités, les industries, les technologies et les décisions politiques. Car un peuple qui dépend toujours des autres pour penser, produire et décider reste vulnérable.

L'Afrique possède-t-elle les ressources pour devenir une grande puissance ? La réponse est oui. Mais la vraie question est : avons-nous enfin la volonté collective de transformer nos richesses en puissance ? Car l'histoire ne récompense pas les peuples qui attendent. Elle récompense ceux qui s'organisent.

À suivre — volet 3/4.

Deuxième volet de la série, et partie du dossier : Souveraineté économique et émancipation. Revenir au volet 1.

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