RÉSERVÉ CONSTRUIS TA PORTE
Pendant que certains attendent, d'autres apprennent à construire leurs propres portes. — Illustration : L'Afrique en Lutte

Il y a une douleur que beaucoup de jeunes diplômés vivent en silence : celle de comprendre, parfois trop tard, que le diplôme ne suffit plus.

La promesse trahie

Pendant des années, on leur a répété : travaille bien, va à l'école, obtiens ton diplôme, sois sérieux, et tu auras ta place. Ils ont obéi. Ils ont étudié. Ils ont sacrifié leur sommeil, leurs loisirs, parfois même leur santé mentale. Leurs parents ont vendu, emprunté, supporté, espéré.

Puis vient le moment de frapper aux portes. Et là, la réalité tombe comme une gifle :

  • Le mérite existe, mais il ne circule pas toujours sans médiation.
  • Le diplôme existe, mais il ne garantit plus l'accès.
  • La compétence existe, mais elle est souvent bloquée par le réseau, le favoritisme, le clientélisme ou le fameux « qui te connaît ? ».

C'est ici que naît la grande fracture. D'un côté, une jeunesse formée, ambitieuse, prête à servir. De l'autre, un système verrouillé, où trop de postes semblent déjà promis avant même d'être publiés.

Alors la question devient brutale : piston ou rien ?

Cette question n'est pas seulement sociale. Elle est morale. Elle est politique. Elle est économique. Car lorsqu'un pays laisse croire à sa jeunesse que l'effort ne paie plus, il fabrique trois dangers : la frustration, l'exil et la révolte intérieure.

La vérité dérangeante

Mais il faut aussi dire une vérité dérangeante : se plaindre du piston ne suffit pas. Le dénoncer est nécessaire, mais s'y arrêter devient un piège. Car pendant que certains attendent qu'une porte institutionnelle s'ouvre, d'autres apprennent à construire leurs propres portes.

Le monde a changé. Le diplôme reste important, mais il n'est plus une destination. Il doit devenir un socle. Un point de départ. Une matière première.

Aujourd'hui, un jeune qui veut avancer doit apprendre trois choses que l'école enseigne trop peu :

  • Se vendre sans se trahir.
  • Créer de la valeur concrète.
  • Bâtir un réseau fondé sur la compétence plutôt que sur la mendicité relationnelle.

La nuance essentielle

Le réseau n'est pas forcément du piston. Le piston contourne le mérite. Le bon réseau révèle le mérite.

Il ne s'agit donc pas de dire aux jeunes : « abandonnez vos diplômes ». Non. Il faut plutôt leur dire : ne confiez pas tout votre avenir à un papier, à un concours, à un ministère, à un oncle influent ou à un recruteur distrait.

Le plan d'action

  • Apprenez un métier réel. Développez une compétence monétisable. Construisez un portfolio.
  • Cherchez des mentors, pas des sauveurs.
  • Créez des preuves, pas seulement des demandes.
  • Transformez votre savoir en solution.

Un pays qui fonctionne au piston détruit son intelligence collective. Il place parfois les médiocres aux commandes et pousse les compétents vers l'humiliation ou l'exil. Mais une jeunesse qui attend uniquement la justice d'un système injuste risque aussi de perdre un temps précieux.

La vraie réponse n'est donc pas « piston ou rien ». La vraie réponse doit devenir : mérite, réseau sain, compétence visible et autonomie stratégique.

L'enjeu, c'est la dignité

Parce qu'au fond, l'enjeu dépasse l'emploi. Il s'agit de dignité. Un jeune diplômé ne demande pas la charité. Il demande une chance équitable. Il demande que ses années d'effort ne soient pas piétinées par les arrangements de couloir. Il demande que son avenir ne dépende pas uniquement du nom qu'il porte, de la famille dont il vient, ou du contact qu'il connaît.

Mais en attendant que les systèmes changent, il doit aussi apprendre à ne pas mourir debout devant une porte fermée. Il doit chercher d'autres chemins. Créer d'autres leviers. Former d'autres alliances. Inventer d'autres modèles.

Car le plus grand piège, ce n'est pas seulement le piston. C'est de croire que ceux qui verrouillent les portes détiennent aussi la clé de notre destinée.

Cet article fait partie de ce dossier : Jeunesse, mérite et exil

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