Sonko et Diomaye : rupture. Le duo qui a fait rêver, le pouvoir qui les sépare. De la promesse de rupture à la rupture. Deux visions, un seul pouvoir, une seule issue : la séparation.
Le duo qui a fait rêver, le pouvoir qui les sépare. — Visuel : Afrique en Lutte

Les faits, vérifiés

Le 22 mai 2026, par décret n°2026-1128, le président Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko et de tout le gouvernement, désormais chargé d'expédier les affaires courantes. La rupture met fin au tandem qui avait porté l'alternance de 2024. Dès début mai, Faye avait publiquement pointé une « personnalisation excessive » du pouvoir par Sonko au sein du PASTEF. Le président devra nommer un nouveau Premier ministre, soumis à l'approbation des députés, sans pouvoir dissoudre l'Assemblée avant novembre 2026.

Le point de discorde majeur qui a brisé le tandem au sommet de l'État repose sur une promesse électorale de rupture. Ousmane Sonko voulait la suppression pure et simple des fonds politiques discrétionnaires, au profit de fonds secrets strictement encadrés par l'Assemblée nationale. Le refus du président Faye de céder à cette exigence a provoqué un affrontement public inédit — et le limogeage du 22 mai 2026.

Ce que voulait faire Sonko

Fidèle à la ligne historique du PASTEF, Sonko exigeait d'appliquer immédiatement l'engagement phare de la campagne de 2024 :

  • Remplacer l'opacité par le contrôle — substituer aux « fonds spéciaux » discrétionnaires des lignes exclusivement dédiées aux opérations ultra-sensibles, mais votées et auditées par le Parlement.
  • Imposer la traçabilité — refuser les distributions de cash non justifiées, exiger que les aides d'urgence soient versées directement aux hôpitaux par virement.
  • Forcer la main au président — rédiger des textes de réforme de manière unilatérale et les présenter en pré-conseil des ministres, pour obliger le chef de l'État à trancher.

La discorde avec Diomaye Faye

Le conflit a éclaté au grand jour lorsque Sonko a publiquement désavoué le chef de l'État à la tribune de l'Assemblée, déclarant en substance qu'il n'était pas d'accord avec le président, que celui-ci s'était trompé, et qu'il espérait le voir se rattraper. Trois points ont mis le feu aux poudres :

  • Désaccord sur l'exercice du pouvoir — devenu président, Faye a jugé ces fonds nécessaires à la gestion courante de l'État, à la diplomatie et à la stabilité sociale.
  • Contestation de l'autorité — en critiquant ouvertement et de façon répétée le président, Sonko a franchi une ligne rouge, perçue comme une « personnalisation » excessive du pouvoir.
  • Tensions de fond accumulées — gestion de la dette avec le FMI, orientation économique globale, contrôle interne du parti.

Ce que révèle vraiment cette crise

Au-delà des fonds politiques, cette rupture expose une contradiction classique des mouvements révolutionnaires une fois au pouvoir : faut-il gouverner avec les anciens mécanismes de l'État pour préserver la stabilité — ou détruire immédiatement les pratiques héritées, au risque de la crise institutionnelle ?

Peut-on réellement transformer un État en utilisant les mêmes instruments de pouvoir que ceux que l'on dénonçait hier ?

C'est probablement le premier grand test de crédibilité du projet PASTEF depuis son accession au pouvoir. Car beaucoup de mouvements savent conquérir l'État. Mais très peu parviennent réellement à transformer sa culture profonde sans finir absorbés par les logiques qu'ils promettaient de combattre.

Les conséquences immédiates

  • Le président Faye a mis fin aux fonctions de Sonko et de tout le gouvernement.
  • Sonko est aussitôt retourné dans le jeu parlementaire, fort de son ancrage au sein du PASTEF.
  • Il se positionne pour peser à l'Assemblée, ouvrant la voie à une cohabitation institutionnelle tendue — avec la capacité de bloquer les textes budgétaires du président.

Cette séquence pourrait durablement redéfinir les rapports entre exécutif, Parlement et partis au Sénégal. Elle révèle une fracture idéologique : une ligne pragmatique du pouvoir, contre une ligne de rupture radicale attachée à la transformation immédiate des pratiques. En arrière-plan, c'est toute la question de la sincérité des promesses de rupture en Afrique francophone qui est posée.

Beaucoup de révolutions échouent non pas lorsqu'elles perdent le pouvoir, mais lorsqu'elles commencent à lui ressembler.

Analyse signée Edem Faya. Les analyses publiées reflètent le point de vue de leur auteur et nourrissent le débat de la communauté. Vous souhaitez proposer une analyse ? Écrivez-nous.

Cet article fait partie de ce dossier : Pouvoir, conscience et leadership

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