Infographie enquête 1/3 : Algérie sous les flammes. 12 morts officiels, 200 entrées nominatives. Où sont les registres de l'État ?

Situation documentée au 1er septembre 2026. Les épisodes 2 et 3 examineront la préparation de l'État et les responsabilités.

Le feu a été compté presque heure par heure. Les morts, non.

Le 27 août au matin, la Protection civile recensait 193 incendies dans plusieurs wilayas. Elle précisait que 147 avaient été éteints et que 46 restaient actifs. Les autorités savaient détailler le nombre de foyers, leur localisation, les avions engagés et l’état des opérations.

Mais le bilan humain officiel, lui, est resté arrêté à douze morts : cinq à Jijel, quatre à Béjaïa et trois à Tizi Ouzou. Ce chiffre avait été annoncé par le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, dans la soirée du 26 août, alors que les feux progressaient encore, que des villages étaient évacués et que des blessés continuaient d’arriver dans les hôpitaux.

Douze n’était donc pas nécessairement un chiffre faux au moment où il a été annoncé. C’était un bilan provisoire. Un bilan provisoire est acceptable. Un bilan provisoire jamais expliqué ni actualisé ne l’est pas.

Au 1er septembre, les canaux officiels nationaux consultés par Afrique en Lutte ne permettaient toujours pas de connaître le nombre consolidé de morts, le nombre de personnes disparues, le nombre de corps non identifiés ni la méthode utilisée par l’État pour rapprocher les listes.

Un pays a décrété trois jours de deuil national avant d’avoir publiquement établi l’étendue du deuil.

Et cette fois, l’argument du chaos ne suffit pas. Le code de l’état civil prévoit une déclaration de décès, un avis de l’établissement sanitaire, un acte descriptif pour un corps non identifié et une autorisation avant l’inhumation. L’identité peut rester inconnue. Le corps retrouvé, son transfert et son inhumation doivent néanmoins laisser des traces.

Cinq catégories à ne pas confondre

Dans cette enquête, les termes employés répondent à des définitions distinctes :

  • ▪ Les décès officiellement annoncés sont ceux qu'une autorité a intégrés à un bilan daté.
  • ▪ Les corps retrouvés sont les dépouilles récupérées, qu'elles soient ou non identifiées.
  • ▪ Les personnes identifiées sont celles dont l'identité a été confirmée et rattachée à un décès.
  • ▪ Les personnes disparues sont signalées comme introuvables, sans que leur décès puisse être présumé.
  • ▪ Les entrées de listes non officielles sont des noms, des identités partielles ou des mentions familiales recueillis dans des documents locaux ou médiatiques. Une entrée n'équivaut pas, à elle seule, à un décès individuellement certifié.

Le mot « victime » est utilisé dans son sens général ou lorsqu’il reprend la qualification d’une source. Pour établir un bilan, seules des catégories définies, datées et dédupliquées permettent une comparaison sérieuse.

Douze morts : un point de situation devenu chiffre officiel

Le bilan du 26 août, repris par les médias algériens et internationaux, faisait aussi état de 54 blessés, dont six dans un état grave. Les communiqués suivants ont détaillé les secours, les déplacements ministériels et la restauration des réseaux, sans actualiser le nombre national de décès.

Mais aucun de ces communiqués n’a apporté la réponse centrale : combien de personnes sont mortes au total ?

Répété sans heure de clôture ni avertissement, un bilan provisoire finit par paraître définitif. Le public ignore alors si les 12 correspondent aux décès connus à une heure précise, aux personnes déjà identifiées ou à l’ensemble des cas recensés. L’autorité doit dater le décompte, définir son périmètre et indiquer les catégories encore en vérification.

Soixante-neuf morts : un chiffre attribué à un hôpital

Le 28 août, le média algérien Twala rapportait que l’agence italienne ANSA, dont un correspondant se trouvait dans la région, avait fait état d’au moins 69 morts. Ce nombre aurait été obtenu auprès de l’hôpital d’El Milia et ne comprendrait pas les victimes reçues dans les autres établissements de la wilaya de Jijel.

Cette information médiatique attribuée à une source hospitalière n’est pas un bilan national certifié. Un relevé d’hôpital peut inclure des corps venus de plusieurs communes et compter des transferts repris ailleurs. Inversement, un décès survenu et enregistré localement peut ne pas y figurer.

Le chiffre de 69 ne peut donc pas être ajouté mécaniquement aux autres. Mais il ne peut pas non plus être ignoré par les autorités. Il appelle une vérification publique : combien de décès l’hôpital d’El Milia a-t-il effectivement enregistrés, sur quelle période et selon quelle définition ?

Soixante-treize noms : une commune entre dans le comptage

La rupture la plus nette est venue de Djemâa Beni Habibi, dans la wilaya de Jijel. Selon Twala, la commune a publié le 28 août une liste nominative de 73 victimes et demandé aux familles de se rapprocher des établissements hospitaliers de Jijel et d’El Milia pour accomplir les formalités nécessaires.

Une collectivité locale directement frappée rendait ainsi publique une liste très supérieure au bilan national annoncé deux jours plus tôt. Ce document est une pièce essentielle, pas le registre final : le lieu de résidence, le lieu de découverte du corps et le lieu d’enregistrement du décès peuvent différer, et certains noms peuvent déjà figurer dans les relevés hospitaliers.

Une publication arabophone consacrée au document précise que les personnes listées se trouvaient dans les hôpitaux de Jijel et d’El Milia. Les 73 noms ne correspondent donc pas à un troisième groupe qu’il faudrait ajouter au décompte attribué à El Milia. Les deux documents peuvent se recouper.

La question institutionnelle demeure : quand la liste a-t-elle été transmise à la wilaya et aux ministères compétents ? Si elle l’a été, pourquoi le bilan national n’a-t-il pas été expliqué ? Sinon, pourquoi la remontée administrative a-t-elle échoué ?

Deux cents entrées : ce que révèle la liste que nous avons examinée

Le 31 août, Twala a publié en arabe le décompte constitué par la journaliste Nozha Khelalef. La liste est passée de 57 entrées le jeudi à 151 vingt-quatre heures plus tard, puis à 200 le dimanche. Selon la méthode présentée par la source, elle repose sur des avis de décès, des publications de proches sur les réseaux sociaux, des pages locales et des listes circulant à Djemâa Beni Habibi et à Taher.

Afrique en Lutte a examiné les 200 lignes publiées. Elles comportent un numéro, un sexe, un nom ou un lien familial et, lorsqu’ils sont connus, un lieu ainsi qu’un âge ou une profession. L’examen de la liste porte sur sa structure documentaire et non sur la confirmation individuelle de chaque décès.

La liste classe 110 entrées comme masculines et 90 comme féminines. Vingt-trois contiennent la mention « identité inconnue » dans le prénom, le nom ou les deux, même si plusieurs sont rattachées à un conjoint, un parent ou une famille. Au moins neuf concernent explicitement des mineurs, d’après un âge ou la mention d’un enfant, d’un nourrisson ou d’un élève. Ce nombre est minimal : l’âge manque dans la grande majorité des lignes.

Trente-sept lignes ne comportent aucun lieu précis. Pour 43 entrées, il n’est pas possible d’attribuer avec certitude une commune à partir du champ publié. Parmi les lieux explicitement renseignés, 55 entrées renvoient à Djemâa Beni Habibi, 49 à Bordj Tahar et 26 à El Ancer. Cette concentration ne dit pas où chaque personne résidait ni où son décès a été officiellement enregistré. Elle montre où les sources du décompte situent le drame.

Les regroupements familiaux sont visibles. Twala relève notamment onze entrées portant le patronyme Boukrouh à Mechta Boulblout, dans la commune d’El Ancer. D’autres séries associent conjoints, enfants et proches sous une même localité. Ces regroupements constituent des pistes de vérification, pas une certification individuelle.

Cette liste n’est pas un registre d’état civil. Certaines entrées peuvent être corrigées, fusionnées ou complétées. Des translittérations différentes peuvent masquer un doublon. À l’inverse, des personnes disparues ou des corps sans rattachement familial peuvent en être absents.

Il ne s’agit plus d’une rumeur résumée par un nombre, mais de 200 lignes dont beaucoup comportent un nom, un sexe, une parenté et une localité. Le document est assez précis pour exiger un audit public, pas assez vérifié pour devenir un bilan.

Le chiffre de 200 doit rester attribué à son auteure et qualifié de décompte indépendant en cours. Afrique en Lutte ne le certifie pas comme bilan définitif. Les avis de décès n’ont pas été vérifiés un par un auprès de l’état civil ; toutes les variantes orthographiques n’ont pas fait l’objet d’une normalisation exhaustive ; les familles n’ont pas été contactées par notre rédaction. La liste n’a donc pas été dédupliquée au niveau requis pour confirmer chaque cas.

Pour des raisons de dignité, de consentement et de protection des familles, Afrique en Lutte ne reproduit pas ici les identités complètes. Toute publication nominative devrait intervenir après confirmation du décès, information des proches et examen des risques propres à chaque cas.

La prudence journalistique ne consiste pas à mettre douze et deux cents sur le même plan. Elle consiste à demander les documents capables de trancher.

Pourquoi ces chiffres ne doivent pas être additionnés

Douze, 69, 73 et 200 ne désignent ni les mêmes sources, ni le même périmètre, ni nécessairement des groupes distincts. Douze est un bilan ministériel daté et couvrant au moins trois wilayas ; 69 est attribué à un établissement hospitalier ; 73 vient d’une commune ; 200 est une compilation indépendante portant sur Jijel.

Une personne originaire de Djemâa Beni Habibi peut avoir été transportée à El Milia, inscrite dans le registre de l’hôpital, citée dans un avis de décès puis intégrée au décompte indépendant. Elle apparaîtrait alors dans trois sources sans représenter trois victimes.

À l’inverse, un corps non identifié ou un décès intervenu pendant un transfert peut échapper temporairement à plusieurs fichiers. Additionner les nombres produirait un total artificiel ; les écarter parce qu’ils se chevauchent effacerait des cas à vérifier. Il faut rapprocher les listes, documenter les doublons et attribuer à chaque cas un identifiant unique. L’État possède les registres nécessaires pour le faire.

Des corps sans nom, des familles sans réponse

La violence des incendies complique l’identification. Le Monde rapporte que des corps calcinés ont été inhumés sous X dans l’attente d’analyses génétiques envoyées vers Alger.

Cette situation peut expliquer une partie du retard. Elle ne justifie pas l’absence d’information.

Un bilan transparent peut distinguer les décès officiellement enregistrés, les personnes identifiées, les corps retrouvés mais non identifiés, les personnes signalées disparues et les cas encore en vérification. Il n’est pas nécessaire d’attendre chaque résultat génétique pour publier un état provisoire rigoureux.

Au contraire, annoncer séparément ces catégories protège les familles contre deux violences supplémentaires : croire qu’un proche disparu a été oublié, ou apprendre son décès par une publication non vérifiée sur les réseaux sociaux.

L’identification des morts n’est pas une formalité administrative secondaire. Elle conditionne la restitution des corps, les actes de décès, les successions, les indemnisations et la reconnaissance même de la victime par la collectivité nationale.

Ce que le droit algérien oblige à enregistrer

Le code algérien de l’état civil permet d’examiner une question précise : quelles traces administratives doivent exister, même lorsque l’identification d’un corps n’est pas achevée ?

L’article 78 de l’ordonnance n° 70-20 du 19 février 1970 prévoit qu’aucune inhumation ne peut avoir lieu sans autorisation de l’officier de l’état civil, délivrée sur la base d’un certificat médical ou d’un constat de police judiciaire.

L’article 79 prévoit la déclaration du décès dans les vingt-quatre heures et la rédaction de l’acte par l’officier de l’état civil de la commune où le décès a eu lieu.

Pour les hôpitaux et formations sanitaires, l’article 81 prévoit que leurs directeurs avertissent l’officier de l’état civil dans les vingt-quatre heures. Il prévoit aussi la tenue d’un registre contenant les déclarations et renseignements transmis.

Pour les morts violentes, les articles 82 et 83 prévoient un procès-verbal établi par un officier de police assisté d’un médecin, puis sa transmission immédiate à l’état civil.

Enfin, l’article 88 règle précisément le cas des corps non identifiés. Un acte de décès doit être dressé avec le signalement le plus complet possible, puis rectifié si l’identité est établie plus tard.

La conséquence est majeure. Les analyses génétiques peuvent retarder l’attribution d’un nom, mais elles ne devraient pas empêcher le comptage des corps retrouvés. Les décès à l’hôpital, les morts violentes et les inhumations relèvent de procédures documentées distinctes.

Le problème n’est donc pas seulement : « Combien de victimes l’État connaît-il ? » La question devient : combien d’avis hospitaliers, d’actes de décès, de procès-verbaux et d’autorisations d’inhumer avaient été établis lorsque le bilan national restait bloqué à douze ?

Ces documents sont la piste la plus directe vers la vérité.

Des funérailles collectives, sans bilan consolidé

Le 28 août, le Premier ministre Sifi Ghrieb a assisté aux funérailles collectives de victimes à Jijel. L’Algérie Presse Service a décrit sa présence et celle de membres du gouvernement. Son article n’a donné aucun nombre de morts.

Le même jour, la commune de Djemâa Beni Habibi publiait 73 noms liés aux hôpitaux de Jijel et d’El Milia. Le code de l’état civil prévoit qu’une inhumation soit précédée des formalités administratives nécessaires.

Il faut donc poser une question sans détour : comment des funérailles collectives ont-elles pu être organisées, avec les autorisations administratives nécessaires, alors que le bilan national communiqué restait inférieur aux listes locales ?

La tenue de ces funérailles ne prouve ni que le gouvernement connaissait ce jour-là le total national exact, ni que toutes les formalités avaient déjà été centralisées. Elle établit cependant qu’il existait des traces locales que le bilan national devait intégrer ou expliquer.

Les incendies étaient actualisés, le bilan humain ne l’était pas

Le 27 août à 7 heures, l’Algérie Presse Service, citant la Direction générale de la Protection civile, annonçait 193 incendies déclarés, 147 éteints et 46 encore actifs. Twala rapporte que ces données opérationnelles ont ensuite continué d’évoluer : 67 foyers actifs le jeudi soir, puis 174 incendies de végétation et de récoltes enregistrés entre jeudi et vendredi matin, dont 64 encore actifs.

Cette précision prouve l’existence d’une remontée opérationnelle rapide. Le bilan humain exige davantage de vérifications et de coordination entre hôpitaux, communes, services de secours, sécurité et état civil. Cette complexité pouvait être rendue publique par un point quotidien séparant les décès enregistrés des cas en vérification. Dans les sources nationales consultées au 1er septembre, ce point n’existait pas.

Le silence ne prouve pas une dissimulation volontaire. Afrique en Lutte ne dispose d’aucun élément établissant une consigne de cacher des décès. Le retard peut venir du chaos, d’identifications difficiles ou d’une centralisation défaillante. Mais lorsque le gouvernement ne dit ni ce qu’il sait, ni ce qu’il ignore, ni quand il actualisera son bilan, l’absence d’explication devient une faute de gouvernance.

Trois jours de deuil, sans registre public consolidé

Le 27 août, le président Abdelmadjid Tebboune a décrété trois jours de deuil national. Cette décision reconnaît la gravité de la catastrophe ; elle ne remplace pas le bilan. Le deuil dit que la nation pleure. Le registre dit qui elle pleure.

Un total doit être accompagné d’une méthode et, lorsque les identités sont certaines et les familles informées, d’une liste nominative respectueuse de leur protection. La dignité ne consiste pas à protéger l’État d’un chiffre lourd, mais chaque victime de l’effacement.

Ce qui est établi

  • ▪ Le ministre de l’Intérieur a annoncé, le 26 août, un bilan provisoire de 12 décès dans les wilayas de Jijel, Béjaïa et Tizi Ouzou, ainsi que 54 blessés.
  • ▪ Le président de la République a décrété, le 27 août, trois jours de deuil national.
  • ▪ Une liste de 73 noms attribuée à la commune de Djemâa Beni Habibi a été documentée par Twala. Sa publication est établie ; le statut individuel de chaque entrée ne l’est pas par notre rédaction.
  • ▪ Twala a rapporté qu’ANSA avait obtenu auprès de l’hôpital d’El Milia un décompte d’au moins 69 décès. Cette attribution médiatique est établie ; le registre hospitalier correspondant n’a pas été obtenu.
  • ▪ Twala a publié 200 entrées issues d’une collecte indépendante. Notre analyse structurelle y relève 110 entrées masculines, 90 féminines, 23 identités incomplètes et au moins neuf mineurs explicitement signalés. Elle ne confirme pas 200 décès individuels.
  • ▪ Les articles 78 à 88 du code algérien de l’état civil prévoient des documents distincts pour les décès hospitaliers, les morts violentes, les corps non identifiés et les inhumations.
  • ▪ Les autorités ont régulièrement actualisé les bilans opérationnels des incendies ; dans les sources nationales consultées au 1er septembre, elles n’avaient pas publié de bilan humain national consolidé après celui du 26 août.

Ce qui reste à démontrer

Le nombre exact de décès causés directement ou indirectement par les incendies.

Le nombre de personnes encore portées disparues et celui des corps non identifiés.

Le degré de recoupement entre le relevé d’El Milia, la liste de Djemâa Beni Habibi et le décompte indépendant supérieur à 200.

Le nombre d’autorisations d’inhumer émises dans les communes touchées entre le 26 et le 31 août.

Le nombre d’avis de décès transmis par les hôpitaux à l’état civil dans le délai légal de vingt-quatre heures.

Le nombre d’actes établis pour des corps non identifiés en application de l’article 88.

La date à laquelle les autorités nationales ont reçu les listes des communes et des hôpitaux.

L’existence ou non d’un registre centralisé des victimes au niveau des ministères de l’Intérieur et de la Santé.

Les raisons précises pour lesquelles le bilan national n’a pas été publiquement actualisé.

Ce que nous ne pouvons pas affirmer

Nous ne pouvons pas présenter le chiffre de 12 comme le bilan définitif.

Nous ne pouvons pas certifier 200 décès à partir de cette liste sans vérification individuelle, rapprochement avec l’état civil et élimination des doublons.

Nous ne pouvons pas additionner les différents décomptes publiés.

Nous ne pouvons pas affirmer que les autorités ont volontairement dissimulé des décès.

Nous ne pouvons pas attribuer la responsabilité de chaque mort à une personne, à un service ou à une décision publique sans reconstituer les alertes, les évacuations et les interventions. Ce sera l’objet du deuxième épisode.

Le registre que l’État doit publier

La sortie de cette crise de chiffres exige un registre national provisoire, actualisé à heure fixe et contrôlable. Ce registre doit séparer les décès enregistrés, les personnes identifiées, les corps retrouvés mais non identifiés, les personnes disparues et les cas en vérification.

Pour chaque cas, les autorités doivent rapprocher l’identité ou le numéro provisoire du corps, la commune de résidence, le lieu de découverte, l’établissement ayant reçu la victime, la date d’enregistrement, le statut de l’identification et l’existence éventuelle d’un transfert. Un identifiant unique doit empêcher qu’une même victime soit comptée plusieurs fois.

Les données personnelles sensibles n’ont pas à être exposées intégralement. Mais les totaux par commune, les catégories de vérification, la méthode de déduplication, les corrections apportées et la date de clôture doivent être publics. Une liste nominative ne devrait être publiée qu’après confirmation de l’identité, information des familles et examen des impératifs de dignité et de protection.

Ce registre devrait être confronté aux fichiers des hôpitaux d’El Milia, Taher, Texenna, Jijel, Béjaïa et Zéralda, aux données des communes touchées, aux constats de la Protection civile et des services de sécurité, aux permis d’inhumer et aux registres des cimetières.

Ce travail ne supprimera pas le deuil. Il supprimera le doute évitable.

Les questions auxquelles le gouvernement doit répondre

Quel est, au 1er septembre 2026, le nombre de décès officiellement enregistrés, de corps non identifiés et de personnes portées disparues ?

Pourquoi le bilan de douze morts annoncé le 26 août n’a-t-il pas été accompagné de mises à jour publiques quotidiennes ?

Le ministère de l’Intérieur a-t-il reçu la liste des 73 victimes publiée par la commune de Djemâa Beni Habibi ? À quelle date ?

Combien de décès ont été enregistrés dans chacun des hôpitaux de Jijel et de Béjaïa, et comment les transferts entre établissements sont-ils dédupliqués ?

Qui dirige la consolidation nationale : le ministère de l’Intérieur, le ministère de la Santé, les wilayas ou une cellule interministérielle ?

Quand un registre provisoire, accompagné de sa méthode, sera-t-il publié ?

Combien d’autorisations d’inhumer ont été délivrées du 26 au 31 août dans les communes touchées de Jijel, Béjaïa, Tizi Ouzou et Skikda ?

Combien d’avis de décès les hôpitaux ont-ils transmis à l’état civil pendant cette période ?

Combien de procès-verbaux de mort violente et d’actes concernant des corps non identifiés ont-ils été établis ?

Ces questions ne cherchent pas à fabriquer un bilan concurrent. Elles demandent à l’État de publier les documents qui permettent de distinguer les décès enregistrés, les corps non identifiés, les personnes disparues et les entrées encore en vérification.

Un bilan provisoire est acceptable. Un bilan provisoire jamais expliqué ni actualisé ne l’est pas.

Nommez les morts. Réconciliez les listes. Publiez le bilan.

Compter les morts n’est pas une bataille de communication. C’est le premier devoir de vérité envers ceux que les flammes ont réduits au silence.

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Sources documentaires

Twala, 28 août 2026 — bilan ministériel, chiffre El Milia, liste Djemâa Beni Habibi.
Twala, 31 août 2026 — liste de 200 entrées (Nozha Khelalef).
APS, 27 août 2026 — 193 incendies, bilan opérationnel Protection civile.
APS, 27 août 2026 — deuil national de trois jours.
APS, 28 août 2026 — funérailles à Jijel.
Le Monde, 31 août 2026 — silence des autorités, identification génétique.
Ordonnance n° 70-20 — code de l'état civil, articles 78 à 88.
Ministère de l'Intérieur, 27 août 2026 — déplacement à Jijel.
Al Hirak Al-Ikhbari, 28 août 2026 — liste 73 victimes, hôpitaux Jijel et El Milia.

Questions posées publiquement. Les questions adressées au ministère de l'Intérieur, au ministère de la Santé, aux wilayas et communes touchées et à la Direction générale de la Protection civile sont publiées dans le corps de cet article. Afrique en Lutte n'a pas contacté directement les autorités algériennes. Toute réponse officielle sera intégrée et publiée dans les épisodes suivants.

Faites circuler cette enquête.

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