Infographie enquête 4/5 : Cartographie des 11 pays africains qui acceptent les expulsions américaines. Liberia, Rwanda, Ghana, Sierra Leone, Eswatini, Guinée équatoriale, RDC, Cameroun, RCA, Ouganda, Soudan du Sud.

Cet épisode ne résume pas les précédents. Il élargit la carte.

Aux six pays documentés dans l'épisode 3 (Rwanda, Guinée équatoriale, Eswatini, Liberia, Ghana, RCA), nous ajoutons cinq nouveaux noms : Sierra Leone, RDC, Cameroun, Ouganda, Soudan du Sud.

Nous documenterons également le cas d'un pays qui a dit non.

La carte des expulsions américaines vers l'Afrique ne se réduit plus à un accord isolé. Elle dessine un réseau continental.

Les cinq nouveaux pays

Sierra Leone : un centre de transit, 1,5 million de dollars

La Sierra Leone a accepté de servir de centre de transit pour les expulsions américaines. L'accord prévoit un flux de 25 personnes par mois, soit un plafond annuel de 300. Un financement américain de 1,5 million de dollars accompagne l'arrangement.

La notion de « centre de transit » mérite une attention particulière. Si les personnes ne font que transiter par la Sierra Leone avant d'être envoyées vers une destination finale, cela pose immédiatement la question du refoulement indirect documentée dans l'épisode 2.

République démocratique du Congo : au moins 15 personnes, accords non publics

La RDC a reçu au moins 15 personnes expulsées des États-Unis. Les conditions de l'accord et les éventuels financements n'ont pas été rendus publics.

La situation sécuritaire dans l'est du pays, les déplacements massifs de populations et l'instabilité politique chronique soulèvent des questions évidentes sur la capacité du pays à garantir la sécurité et les droits des personnes transférées.

Cameroun : au moins 17 personnes documentées

Au moins deux groupes de personnes expulsées des États-Unis ont été documentés au Cameroun, totalisant au moins 17 personnes. L'accord et les conditions financières ne sont pas publics.

Ouganda : 12 personnes et un revirement officiel

L'Ouganda a d'abord nié toute participation au dispositif. Puis un premier groupe de 12 personnes est arrivé en avril 2026.

Les motivations officielles invoquées par Kampala mêlent « solidarité africaine » et « préoccupations humanitaires ». L'accord et les financements ne sont pas publics.

Soudan du Sud : 8 personnes dans un pays en crise

Le Soudan du Sud a reçu un premier groupe de 8 personnes expulsées des États-Unis dès 2025. Les conditions financières de l'accord ne sont pas publiques.

Expulser des personnes vers le plus jeune État du monde, marqué par une guerre civile, une crise humanitaire massive et des violations systématiques des droits humains, constitue l'un des cas les plus préoccupants de tout le dispositif.

Le Nigeria : un pays qui a dit non

En juillet 2025, le Nigeria a refusé de recevoir des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis, invoquant ses propres difficultés migratoires internes.

Ce refus est significatif. Le Nigeria est la première économie d'Afrique et l'un des partenaires diplomatiques les plus importants des États-Unis sur le continent. Si un pays de ce poids peut dire non, la question se pose : pourquoi d'autres, souvent plus petits et plus dépendants, acceptent-ils ?

Le refus nigérian prouve que ces accords ne sont pas inévitables. Ils sont le résultat d'un calcul politique. Et chaque calcul peut être contesté.

Les cinq logiques derrière le « oui »

1. La logique humanitaire. Certains gouvernements invoquent la solidarité africaine, l'hospitalité traditionnelle ou l'expérience historique du déplacement. C'est l'argument le plus présentable publiquement.

2. La logique financière. Les paiements documentés vont de 1,5 à 7,5 millions de dollars. Pour des pays dont les budgets publics sont limités, ces sommes ne sont pas négligeables.

3. La logique diplomatique. Maintenir de bonnes relations avec Washington ouvre l'accès à des soutiens politiques, des programmes de sécurité, des avantages commerciaux, des facilitations de visas.

4. La logique stratégique. Certains pays cherchent à devenir des partenaires indispensables sur un dossier clé. La gestion migratoire devient un levier de négociation sur d'autres sujets.

5. Le manque de transparence comme condition. Les accords négociés sans débat public, sans vote parlementaire et sous clause de confidentialité permettent aux gouvernements d'éviter la contestation interne.

Repères documentaires

PaysSituationPlafondFinancement
LiberiaTransferts commencés1 200 / an5 M$ gestion migratoire
RwandaTransferts commencés2507,5 M$
GhanaTransferts commencésNon publiéAucune compensation déclarée
Sierra LeoneTransferts commencés25/mois, 300/an1,5 M$
EswatiniPlusieurs vagues1605,1 M$
Guinée équ.Dizaines reçuesNon public7,5 M$
RDCTransferts commencésNon publicNon établi
RCATransferts commencésNon publicPas de paiement direct établi
Cameroun2 groupes documentésNon publicNon établi
Ouganda12 pers. (avril 2026)Non publicNon établi
Soudan du SudTransferts commencésNon publicNon publiques

Aucune décision sur des êtres humains ne doit être prise dans l'ombre.

Qui décide, dans quelles conditions, avec quel mandat, à quel coût, et avec quelles garanties pour les personnes transférées ? Chaque gouvernement doit rendre des comptes à ses citoyens.

Prochain épisode : que peut faire l'Afrique ?

Sources

Associated Press (août 2026) — transferts documentés.
Reuters (2025-2026) — accords bilatéraux, arrivées.
Communiqués officiels des gouvernements.
Rapport de la minorité démocrate, Commission des affaires étrangères du Sénat américain (février 2026).
AP News — refus nigérian, juillet 2025.

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