Infographie enquête 2/5 : La mine était fermée. Chronologie 2024-2026. Qui savait ? Qui organisait ? Qui devait contrôler ?

Note : Le site de l'effondrement est situé dans la zone de Zamboyé mais est connu localement sous le nom de Moscou-RCA. Les deux appellations désignent le même lieu. Nous utilisons « Zamboyé » pour la localisation géographique et « Moscou-RCA » lorsque nous citons des sources qui emploient ce nom.

Dans l'épisode 1, nous avons reconstitué l'effondrement de la mine de Zamboyé et posé les questions fondamentales sur le bilan, les secours et le contexte. Une information dominait toutes les autres : le site avait déjà été officiellement fermé.

Cet épisode reconstitue ce qui s'est passé avant la catastrophe. Ce que les autorités savaient. Ce qu'elles ont tenté. Et pourquoi cela n'a pas suffi.

Ce que le ministre des Mines a reconnu

Après la catastrophe, le ministre centrafricain des Mines a décrit le site de Zamboyé comme un site désaffecté et clôturé. Il a ordonné une nouvelle fermeture, invoquant le non-respect des normes minières et des directives administratives.

Cette déclaration pose immédiatement la question : si le site était fermé et clôturé, comment des centaines de personnes pouvaient-elles y travailler le jour de l'effondrement ?

2024-2025 : l'exploitation illégale était documentée

Zamboyé n'était pas un site inconnu des autorités. Selon les informations compilées à partir de sources locales et de rapports d'organisations spécialisées, l'exploitation artisanale illégale sur le site était documentée dès 2024.

Des rapports signalaient la présence de centaines de mineurs travaillant sans permis, dans des conditions dangereuses, sur un site dont l'exploitation n'était pas autorisée. Ces signalements n'ont pas entraîné de mesures durables.

Avril 2025 : une opération sécuritaire

En avril 2025, une opération sécuritaire a été menée dans la zone. Des sources locales rapportent que des forces de sécurité sont intervenues sur le site ou à proximité, dans le cadre d'opérations visant à réguler l'exploitation minière illégale dans la région de Nana-Mambéré.

Mais l'opération n'a pas produit de résultat durable. Quelques semaines après, les mineurs étaient de retour.

Août 2025 : une mission après des morts

En août 2025, soit exactement un an avant la catastrophe, une mission officielle a été envoyée dans la zone après que plusieurs morts avaient déjà été signalés sur des sites artisanaux de la région.

Cette mission avait pour objectif d'évaluer la situation et de recommander des mesures. Ses conclusions n'ont pas été rendues publiques. Ses recommandations, si elles ont existé, n'ont manifestement pas été suivies d'effet.

Un an avant Zamboyé, des gens mouraient déjà sur des sites comparables dans la même préfecture. L'État envoyait une mission. Puis rien ne changeait.

Le rôle des acteurs armés dans la zone

La préfecture de Nana-Mambéré n'est pas une zone calme. Depuis plusieurs années, la présence de groupes armés et d'acteurs étrangers dans le secteur minier centrafricain est documentée par les Nations unies, les ONG et les médias internationaux.

Des rapports du Groupe d'experts des Nations unies sur la RCA ont régulièrement mentionné l'implication de groupes armés dans le contrôle de sites miniers artisanaux. Plus récemment, la présence de sociétés liées à des intérêts russes (souvent désignées sous le nom de Wagner ou Africa Corps) dans le secteur extractif centrafricain a été abondamment documentée.

Nous ne disposons pas de preuves directes établissant un lien entre ces acteurs et le site spécifique de Zamboyé. Mais la question doit être posée : qui contrôlait réellement l'accès au site ? Qui en tirait profit ? Et l'État centrafricain exerçait-il une autorité effective sur cette zone ?

Fermer un site sans le contrôler, c'est ne rien fermer

Un arrêté de fermeture est un document. Un site fermé est une réalité physique. Entre les deux, il faut des agents sur le terrain, des clôtures surveillées, des sanctions appliquées, une présence étatique constante.

En Centrafrique, l'État ne contrôle pas effectivement l'ensemble de son territoire. Les zones frontalières, les sites miniers isolés et les régions marquées par l'instabilité sécuritaire échappent souvent à l'autorité publique. Un arrêté ministériel n'a aucune force dans un village où aucun agent de l'État n'est présent pour le faire appliquer.

Si l'État n'avait pas les moyens de faire respecter la fermeture, alors la responsabilité ne repose pas uniquement sur les mineurs qui ont continué à creuser. Elle repose aussi sur un système qui produit des décisions sans les appliquer.

Les intermédiaires invisibles

Une mine artisanale ne fonctionne pas toute seule. Il faut des outils, du carburant, de la nourriture, des acheteurs pour l'or extrait, des transporteurs, parfois des financeurs. Derrière les centaines de mineurs visibles, il existe une chaîne d'intermédiaires dont la plupart restent invisibles dans les bilans officiels.

Qui fournissait le matériel ? Qui achetait l'or sur place ? Où allait-il ensuite ? Par quels circuits traversait-il la frontière camerounaise ? Qui finançait les opérations de creusement les plus profondes ?

Le circuit légal comme machine à blanchir l'or illégal

Le point le plus important de cette enquête est peut-être celui-ci : l'or extrait illégalement à Zamboyé n'avait pas besoin de rester dans un circuit clandestin. Il pouvait rejoindre les circuits commerciaux légaux en quelques étapes. Un acheteur agréé, un bureau de change, une exportation déclarée : l'or illégal devient légal par simple injection dans la chaîne officielle.

C'est cette porosité entre le légal et l'illégal qui rend le système viable. Les mineurs prennent les risques physiques. Le système commercial absorbe l'or sans poser de questions sur son origine.

Les mineurs sont les victimes. Mais ils ne sont pas les seuls acteurs de cette chaîne. Et les autres acteurs, eux, n'étaient pas sous terre le 18 août.

La question de la complicité passive

Nous ne pouvons pas affirmer que des agents publics ont consciemment autorisé la reprise de l'exploitation. Mais nous pouvons poser la question : quand un site officiellement fermé est exploité pendant des mois par des centaines de personnes, au vu et au su de la communauté locale, sans qu'aucune intervention ne soit tentée, cela relève-t-il de l'incompétence, du manque de moyens, ou de la tolérance ?

Et si des agents ont effectivement reçu des contreparties pour fermer les yeux, cela transformerait l'effondrement de Zamboyé d'une catastrophe naturelle en une catastrophe institutionnelle.

Ce que l'enquête judiciaire doit établir

Le parquet de Baboua a confié l'enquête au Commissariat spécial de Béloko. Voici ce que cette enquête doit maintenant établir :

Qui a signé l'arrêté de fermeture du site, et quand ? Quels moyens ont été mobilisés pour faire respecter cette fermeture ? Des agents publics étaient-ils présents ou mandatés dans la zone ? Des signalements de reprise d'activité ont-ils été transmis aux autorités ? Des sanctions ont-elles été prononcées contre les exploitants illégaux ? Qui étaient les acheteurs d'or opérant dans la zone ? Des acteurs armés ou des sociétés étrangères avaient-ils un rôle dans le contrôle ou le financement du site ?

L'épisode 3 examinera les circuits de l'or artisanal centrafricain : qui achète, qui transporte, qui exporte, et combien de cette richesse reste dans le pays.

Une mine fermée sur le papier mais ouverte dans les faits n'est pas un paradoxe administratif. C'est la preuve d'un État qui a renoncé à exercer son autorité sur les ressources de son propre sol.

Qui savait ? Qui organisait ? Qui devait contrôler ? Ce sont les questions auxquelles Zamboyé exige des réponses.

Sources

Associated Press (août 2026) — site fermé, exploitation illégale, déclaration ministre des Mines.
Rapports du Groupe d'experts des Nations unies sur la RCA — contrôle des sites miniers par des groupes armés.
Sources locales et organisations spécialisées — chronologie 2024-2026.
Parquet de Baboua — mandat d'enquête judiciaire.
Ministère centrafricain des Mines — arrêté de fermeture, opérations sécuritaires.
Rapports internationaux — présence d'acteurs étrangers dans le secteur extractif centrafricain.

Faites circuler cette enquête.

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