Infographie enquête 3/5 : L'or sortait de Zamboye. Route Zamboye → Zamboï → Garoua-Boulaï. 15 kg/semaine.

Note méthodologique : Zamboye désigne la localité et la zone minière centrafricaines. Moscou-RCA désigne le chantier concerné par la catastrophe du 18 août 2026. Zamboï désigne le village camerounais sur la route documentée par les Nations unies. Les faits concernant les 3R, les collecteurs burkinabè et l'acheteur de Garoua-Boulaï portent sur les opérations étudiées entre septembre 2024 et avril 2025.

Le 18 août 2026, la terre s’est refermée sur les travailleurs de Zamboye.

Depuis, l’attention se concentre sur les morts, les secours, la fermeture du site et les responsabilités administratives. Mais cette troisième enquête suit ce qui ne restait pas au fond du trou : l’or récupéré, pesé, acheté, transporté, fondu puis exporté.

Une mine clandestine ne fonctionne pas seulement grâce aux bras qui creusent. Elle fonctionne parce qu’un marché absorbe le métal.

Sans acheteur, l’or reste une pierre.

Avec un acheteur, il devient une économie.

La question centrale est donc économique :

qui achetait l’or de la zone de Zamboye, par quelles routes sortait-il et comment pouvait-il réintégrer le commerce légal sans que son origine soit établie avec précision ?

La réponse publique demeure incomplète, mais les documents disponibles permettent de reconstituer une partie du système.

CE QUE L’ONU A RÉELLEMENT ÉTABLI

Le document central est le rapport final S/2025/385 du Groupe d’experts des Nations unies sur la République centrafricaine, remis au Conseil de sécurité le 15 juin 2025.

Ses paragraphes 89 à 93 portent directement sur la zone de Zamboye, dans la sous-préfecture de Baboua, près de la frontière camerounaise.

Selon les informations recoupées par les experts, environ treize éléments armés du groupe 3R — Retour, Réclamation et Réhabilitation — ont assuré, de septembre 2024 au début d’avril 2025, la sécurité périphérique d’activités minières illicites.

Le financement provenait de collecteurs originaires du Burkina Faso.

Les creuseurs étaient majoritairement burkinabè et coordonnés, selon le rapport, par un délégué prénommé Abdelaziz.

La production des sites étudiés était estimée à environ :

15 KILOGRAMMES D’OR PAR SEMAINE.

Cette estimation concerne les sites étudiés et ne constitue ni la production annuelle de la région ni la preuve d’un rythme maintenu pendant douze mois. Elle suffit néanmoins à documenter un système organisé : financement, protection armée, coordination de la main-d’œuvre, production régulière et débouché commercial.

ATTENTION : CES SITES NE SONT PAS AUTOMATIQUEMENT LA MINE EFFONDRÉE

La rigueur impose ici une séparation nette.

Le rapport de l’ONU documente deux sites d’exploitation dans la zone de Zamboye entre 2024 et 2025.

Il ne démontre pas que le chantier appelé Moscou-RCA, effondré le 18 août 2026, correspond à l’un de ces deux sites.

Nous ne disposons pas encore d’une superposition publique et vérifiable entre :

• les coordonnées exactes des sites étudiés par l’ONU ;

• le périmètre des permis miniers délivrés dans la zone ;

• et les coordonnées du chantier où s’est produite la catastrophe.

Nous ne pouvons donc pas affirmer que l’or extrait à Moscou-RCA en 2026 empruntait la filière documentée en 2024–2025.

Nous ne pouvons pas davantage affirmer que les mêmes financiers, les mêmes collecteurs, les mêmes hommes armés ou le même acheteur intervenaient encore au moment du drame.

En revanche, nous pouvons établir qu’une filière transfrontalière structurée fonctionnait déjà dans la même zone aurifère.

Elle avait été décrite avec suffisamment de précision pour qu’aucune autorité ne puisse aujourd’hui soutenir que le phénomène n’avait jamais été signalé.

LA ROUTE : ZAMBOYE, ZAMBOÏ, GAROUA-BOULAÏ

Le Groupe d’experts ne s’est pas contenté d’évoquer une contrebande abstraite.

Il en a décrit l’itinéraire.

Selon le rapport, aucun des volumes provenant des opérations étudiées n’avait été déclaré comme exportation officielle depuis la République centrafricaine.

L’or quittait les sites à moto.

Des pistes improvisées permettaient d’atteindre rapidement la frontière.

Le métal passait ensuite par :

Zamboye, côté centrafricain ;

Zamboï, côté camerounais ;

puis Garoua-Boulaï.

L’annexe 13 du rapport contient des photographies et une carte manuscrite des pistes utilisées pour transporter l’or illégalement extrait vers le Cameroun.

L’annexe 14 présente des photographies de l’or collecté sur les sites et présenté comme destiné à la contrebande.

Cette route n’est donc pas une hypothèse éditoriale d’Afrique en Lutte.

Elle est documentée par une enquête du Conseil de sécurité des Nations unies.

À GAROUA-BOULAÏ, UN ACHETEUR CENTRAL — MAIS PAS DE NOM PUBLIC

Le rapport de 2025 va plus loin.

Les experts indiquent avoir identifié le nom d’un acheteur burkinabè basé à Garoua-Boulaï.

Ils le décrivent comme un acteur important du trafic illicite d’or provenant de sites centrafricains et camerounais.

Son rôle, selon le document :

• collecter l’or ;

• le peser ;

• puis le transférer en vue de son exportation.

Son identité et son rôle restaient toutefois en cours de vérification, et son nom n’a pas été publié. Nous ne le remplacerons pas par une rumeur ni par le nom d’une personne seulement liée à la même ville, à la même nationalité ou à un autre dossier.

La seule conclusion rigoureuse est celle-ci :

les Nations unies avaient identifié un acheteur central ; au 29 août 2026, son identité n’a pas été rendue publique dans les documents consultés.

Ce silence peut répondre à des impératifs d’enquête. Après la catastrophe de 2026, l’issue de la vérification devient néanmoins une question d’intérêt public : l’acheteur a-t-il été interrogé, ses circuits financiers examinés et ses fournisseurs ou clients identifiés ?

Nous n’avons trouvé aucune réponse publique complète à ces questions.

GAROUA-BOULAÏ N’EST PAS DEVENUE UNE PLAQUE TOURNANTE EN 2025

Le caractère structurel de la route apparaît dans le rapport S/2021/569, qui décrivait déjà en 2021 le Cameroun comme une plaque tournante des ressources sorties clandestinement de République centrafricaine.

À l’époque, les experts estimaient que plus de 95 % de l’or provenant de RCA était commercialisé illégalement par des personnes ou des entités.

Ce chiffre est une estimation portant sur la situation étudiée en 2021. Il ne doit pas être transformé en taux actuel pour 2026.

Le mécanisme reste instructif : des opérateurs centrafricains pourtant titulaires d’autorisations vendaient eux-mêmes une partie de leur or au Cameroun, où les prix étaient plus avantageux.

La frontière entre le légal et l’illégal ne séparait donc pas toujours deux catégories distinctes d’acteurs. La contrebande pouvait commencer par la sous-déclaration d’une production pourtant issue d’un opérateur autorisé.

PLUS DE CINQ ROUTES ALTERNATIVES VERS GAROUA-BOULAÏ

Le rapport de 2021 identifiait plus de cinq itinéraires alternatifs entre Cantonnier, en RCA, et Garoua-Boulaï.

Ces pistes permettaient d’éviter les postes frontaliers officiels.

Des agents camerounais interrogés par les experts reconnaissaient accorder une attention prioritaire aux armes et aux stupéfiants plutôt qu’aux petites quantités d’or.

D’autres témoignages évoquaient des transporteurs accompagnés par des agents ou travaillant pour des personnes disposant de protections au sein des élites camerounaises.

Ces déclarations figurent dans le rapport de l’ONU.

Elles ne permettent pas d’accuser aujourd’hui l’ensemble des douaniers camerounais, ni de nommer un responsable politique précis.

Elles établissent cependant que la porosité de la frontière ne relevait pas uniquement de la géographie.

Elle résultait aussi de pratiques de contrôle insuffisantes, de tolérances et, dans certains cas rapportés, de protections.

LA CONTREBANDE SURVIT PARCE QUE LE PRIX L’ENCOURAGE

Un commerçant légal interrogé en 2021 par les Nations unies avait reconnu déclarer moins de la moitié de son stock en RCA et vendre le reste au Cameroun.

Son explication était directe : les acheteurs camerounais payaient mieux que ceux de Berbérati ou de Bangui.

Voilà le moteur économique.

Le creuseur prend le risque.

Le collecteur avance parfois l’argent.

Le transporteur franchit la frontière.

L’acheteur paie rapidement.

Et chaque intermédiaire prélève sa marge.

Une interdiction administrative peut fermer un site.

Elle ne détruit pas automatiquement l’avantage financier offert par le marché clandestin.

Tant que l’or non déclaré obtient un meilleur prix, un paiement plus rapide ou moins de prélèvements, la contrebande restera économiquement rationnelle pour ceux qui en vivent.

Ce constat n’est pas une justification.

C’est l’explication du système qu’il faut combattre.

LE MOMENT OÙ L’OR PERD SON ORIGINE

À la mine, l’origine du métal peut encore être rattachée à un site, une équipe ou un permis, lorsque les registres existent.

Après plusieurs rachats, cette traçabilité se fragilise.

Lorsque des lots provenant de sites différents sont regroupés, pesés ensemble ou fondus dans un même lingot, leur composition ne permet généralement pas, à elle seule, de reconstituer toute la chaîne de possession.

Le rapport de l’ONU de 2025 souligne précisément cette vulnérabilité.

Les certificats d’exportation examinés mentionnaient de grandes zones comme Abba, Berbérati, Yaloké ou Boali.

Ils ne précisaient ni le permis minier ni le site exact d’extraction.

Pour les experts, cette absence d’information empêche de certifier que l’or provient d’une opération légale et qu’aucun groupe armé n’a participé à sa production. Elle crée aussi une vulnérabilité permettant de mélanger de l’or illégal à de l’or commercialisé légalement.

La traçabilité devrait relier chaque lot à un producteur, un site, un permis, des pesées successives, un collecteur, une fonderie, une déclaration douanière, une destination finale et aux bénéficiaires effectifs des sociétés impliquées.

La faille n’est donc pas seulement à la frontière.

Elle se trouve aussi dans le document qui accompagne le lingot.

LA RCA APPELAIT « PRODUCTION » CE QU’ELLE POUVAIT MESURER À L’EXPORTATION

Le Rapport ITIE 2023 de la République centrafricaine, publié en décembre 2025, formule un constat particulièrement grave.

Les données présentées comme production nationale ne provenaient pas d’un recensement des quantités réellement extraites sur les sites.

Elles étaient calculées à partir des quantités exportées.

Pourquoi ?

Parce qu’il n’existait pas de mécanisme complet de traçabilité à la source.

Cette faiblesse renverse la logique statistique.

Normalement, un État devrait pouvoir suivre :

le site produit ; le collecteur achète ; la fonderie transforme ; l’exportateur expédie.

Dans le système décrit par l’ITIE, on partait de l’exportation pour reconstituer la production.

Tout l’or sorti avant d’atteindre le circuit officiel disparaissait donc des statistiques nationales.

Et tout or intégré tardivement au circuit pouvait devenir difficile à rattacher à son véritable lieu d’extraction.

DES BUREAUX D’ACHAT TRAITAIENT AVEC DES ARTISANS NON IDENTIFIÉS

Le même rapport ITIE ajoute un élément encore plus précis.

Selon le Bureau d’évaluation et de contrôle du diamant et de l’or, certains bureaux d’achat achetaient de l’or à des artisans absents de la base officielle de la Direction générale des mines et de la géologie.

Cette pratique empêche de vérifier correctement :

• qui a produit le métal ;

• sur quel site ;

• sous quel titre ;

• dans quelles conditions ;

• et si les taxes correspondantes ont été payées.

L’ITIE recommande donc un suivi direct de la production sur les sites, la numérisation des bordereaux, l’identification des artisans et des revendeurs, ainsi que le croisement systématique des données des mines, des douanes et des pays importateurs.

Ce ne sont pas des exigences abstraites.

C’est précisément ce qui permettrait, après Zamboye, de répondre à la question :

qui a acheté l’or et où l’a-t-il envoyé ?

LES CHIFFRES OFFICIELS CENTRAFRICAINS CONTIENNENT LEUR PROPRE AVERTISSEMENT

Pour 2023, la RCA a enregistré 144 opérations d’exportation d’or réalisées par 31 acteurs : bureaux d’achat, coopératives, fonderies et sociétés minières.

Le volume officiel s’élevait à environ 1,74 tonne, pour une valeur taxable proche de 43,99 milliards de francs CFA.

Près de 89,7 % de la valeur déclarée avait pour destination les Émirats arabes unis.

Mais les pays partenaires avaient déclaré avoir importé environ 1 983 kilogrammes d’or centrafricain, contre 1 743,95 kilogrammes enregistrés à l’exportation par les services centrafricains.

L’écart était de 239 kilogrammes.

Le rapport ITIE indique que cette différence pourrait correspondre à des exportations non déclarées ou informelles.

Il ne dit pas que ces 239 kilogrammes provenaient de Zamboye.

Il ne permet pas non plus d’identifier une entreprise responsable de l’écart.

Mais il montre qu’au niveau national, même les données agrégées ne se refermaient pas parfaitement.

EN 2025, LES EXPORTATIONS OFFICIELLES REBONDISSENT — LA TRAÇABILITÉ RESTE FAIBLE

Le rapport de l’ONU publié en juin 2025 indique qu’après une baisse de moitié entre 2023 et 2024, les exportations officielles d’or avaient rebondi à près de 1,2 tonne pour le seul premier trimestre 2025.

Les autorités attribuaient cette hausse au démarrage de nouvelles fonderies et de nouveaux bureaux d’achat.

Le Groupe d’experts constatait parallèlement une multiplication des fonderies à Bangui : aucune en 2016, onze déclarant des exportations en 2022 et dix en 2024.

En 2024, ces structures représentaient plus de 80 % des exportations officielles d’or.

Mais les installations visitées étaient de petits ateliers capables de fondre poudre et pépites en lingots, pas d’affiner le métal à haute pureté ni d’apposer un marquage officiel d’analyse.

Le problème n’est pas l’existence des fonderies.

La transformation locale peut créer de la valeur et structurer le secteur.

Le problème est l’absence de preuve publique permettant de relier chaque lot fondu à un site, à un producteur et à un titre minier précis.

Plus le métal est mélangé, plus l’origine documentaire devient décisive.

LE TROU NOIR CAMEROUNAIS

La faiblesse de la traçabilité ne s’arrête pas au côté centrafricain.

En avril 2026, l’ITIE internationale a publié une analyse des données aurifères camerounaises pour 2023.

Le Cameroun avait officiellement déclaré 22,3 kilogrammes d’or exportés.

Dans le même temps, les Émirats arabes unis déclaraient avoir importé plus de 15 tonnes d’or en provenance du Cameroun.

Le rapport entre les deux volumes approche 700 pour un.

L’ITIE y voit le signe de fuites majeures et d’une contrebande probable, aggravées par l’absence de suivi en temps réel sur les sites et par la faiblesse des contrôles.

Ce chiffre ne prouve pas que les quinze tonnes provenaient réellement du sous-sol camerounais.

Il ne prouve pas davantage qu’une partie provenait de Zamboye.

Il révèle une anomalie commerciale massive : le pays de destination enregistre beaucoup plus d’or « camerounais » que le Cameroun n’en déclare à la sortie.

Dans un tel environnement statistique, de l’or centrafricain introduit clandestinement au Cameroun peut ensuite être présenté commercialement comme de l’or camerounais, sans que son origine minière réelle soit visible.

Ces données ne constituent pas une preuve judiciaire, mais un indicateur majeur de risque dans la chaîne commerciale. Le mécanisme décrit est cohérent avec les circuits documentés ; il ne prouve pas le parcours d’un lot particulier.

LES RÉFORMES DE 2026 EXISTENT. LEUR EFFICACITÉ RESTE À PROUVER

La République centrafricaine a adopté plusieurs instruments avant la catastrophe.

Le portail public de l’ITIE-RCA recense notamment :

• le décret n°26.103 du 24 avril 2026 créant le Secrétariat permanent de certification des substances minérales ;

• le décret n°26.091 du 28 avril 2026 modifiant l’organisation et le fonctionnement de la Police des Mines ;

• et le décret n°26.224 du 7 août 2026 organisant le cadre juridique et institutionnel de la mise en œuvre de l’ITIE-RCA.

Sur le papier, la certification, le contrôle et la transparence disposent donc d’institutions.

Mais la création d’une structure ne prouve ni son déploiement territorial, ni ses moyens, ni son indépendance, ni sa capacité à suivre un gramme d’or depuis Zamboye jusqu’à l’exportation. Au 29 août 2026, aucun document public consulté n’établit que les sites de la zone étaient suivis en temps réel, que leur production était enregistrée ou que les données centrafricaines étaient systématiquement croisées avec celles du Cameroun et des pays importateurs.

La réforme existe.

La preuve de son fonctionnement à Zamboye manque.

LE CAMEROUN A AUSSI ANNONCÉ DES MESURES — APRÈS DES ANNÉES D’ÉCARTS

L’ITIE indique qu’en février 2026, les autorités camerounaises ont annoncé de nouvelles mesures : retrait de permis à des opérateurs non conformes, fermeture de certains sites, déclaration minimale de production et contrôles renforcés.

La présidence camerounaise a également demandé la mise en place d’une commission mixte d’enquête sur le trafic illégal d’or.

Ces décisions répondent à un problème reconnu.

Mais les résultats doivent être publics : mandat de la commission, réseaux identifiés, dossiers concernant Garoua-Boulaï, volumes saisis, permis retirés, agents sanctionnés et mécanisme de coopération avec la RCA.

Une enquête qui ne publie ni méthode, ni résultats, ni responsabilités ne referme pas une filière.

Elle la place simplement derrière une nouvelle porte administrative.

NE PAS TRANSFORMER LES NATIONALITÉS EN CULPABILITÉS

Le dossier fait apparaître des Centrafricains, des Camerounais, des Burkinabè, des Tchadiens et des acteurs économiques d’autres nationalités.

Ces présences sont documentées à des titres différents : travailleurs, collecteurs, financiers, transporteurs, acheteurs ou victimes.

Elles ne permettent aucune accusation collective.

Être burkinabè ne fait pas d’un travailleur un trafiquant.

Être camerounais ne fait pas d’un commerçant un receleur.

Être centrafricain ne fait pas d’un agent public un complice.

La responsabilité est individuelle et doit reposer sur des actes prouvés.

Mais refuser les amalgames ne signifie pas effacer les réseaux transnationaux que les documents établissent.

Le journalisme rigoureux ne généralise pas.

Il nomme les fonctions, exige les preuves et suit les responsabilités jusqu’aux bénéficiaires.

CE QUE NOUS SAVONS

• Entre septembre 2024 et début avril 2025, des activités minières illicites ont été documentées dans la zone de Zamboye. Environ treize éléments armés des 3R en sécurisaient le périmètre et des collecteurs burkinabè les finançaient.

• Les sites étudiés produisaient environ 15 kilogrammes d’or par semaine. Cet or, non déclaré à l’exportation depuis la RCA, était transporté à moto vers Zamboï puis Garoua-Boulaï.

• Un acheteur burkinabè basé à Garoua-Boulaï avait été identifié comme collecteur, peseur et intermédiaire vers l’exportation. Son identité, encore en vérification, n’a pas été publiée dans le rapport.

• Dès 2021, le Cameroun et Garoua-Boulaï étaient documentés comme axes de transit, avec plusieurs routes alternatives et de graves insuffisances de traçabilité.

• Le rapport ITIE-RCA 2023 reconnaît que les statistiques de production reposaient sur les exportations, faute de suivi complet à la source, et que certains bureaux d’achat traitaient avec des artisans non identifiés.

• Les données camerounaises pour 2023 présentent un écart massif entre les exportations déclarées et les importations enregistrées par les Émirats arabes unis.

CE QUE NOUS NE POUVONS PAS AFFIRMER

• Nous ne pouvons pas établir que Moscou-RCA était l’un des deux sites étudiés en 2024–2025, ni que les 3R contrôlaient encore ce chantier en 2026.

• Nous ne pouvons attribuer la catastrophe à la Coopérative minière Douagouzou Fils ni à une autre entreprise sans preuve sur l’exploitant réel.

• Nous ne pouvons pas affirmer que l’or extrait à Moscou-RCA suivait la route de Garoua-Boulaï.

• Nous ne connaissons pas l’identité publique de l’acheteur mentionné en 2025 ni la poursuite éventuelle de ses activités après avril 2025.

• Nous ne pouvons rattacher les écarts statistiques de la RCA ou du Cameroun à un lot précis provenant de Zamboye.

• Nous ne disposons d’aucune preuve publique permettant d’accuser une fonderie, un bureau d’achat, un douanier, une entreprise ou un responsable politique d’avoir blanchi l’or de Moscou-RCA.

Ces limites ne réduisent pas l’enquête.

Elles définissent exactement ce qu’il reste à prouver.

LES DOCUMENTS QUI PEUVENT FAIRE TOMBER LE SILENCE

Pour suivre l’or de Zamboye, les autorités doivent publier ou mettre à la disposition de la justice :

1. les coordonnées exactes du chantier effondré, les titres miniers environnants et l’identité de leurs bénéficiaires effectifs ;

2. l’identité juridique et opérationnelle des responsables de Moscou-RCA, ainsi que les rapports d’inspection, de fermeture et de réouverture éventuelle ;

3. les registres de production, de pesée et de vente du chantier, puis les bordereaux des collecteurs, bureaux d’achat et fonderies susceptibles d’avoir reçu cet or ;

4. les déclarations douanières et les rapports de saisie à Cantonnier, Beloko, Zamboï et Garoua-Boulaï ;

5. les résultats de la commission camerounaise annoncée en février 2026 ;

6. les échanges judiciaires entre la RCA, le Cameroun et le Burkina Faso.

Il faut également que le Groupe d’experts ou les autorités compétentes indiquent ce qu’est devenue l’enquête sur l’acheteur de Garoua-Boulaï mentionné en 2025.

Pas son appartenance communautaire.

Pas une rumeur sur son influence.

Son identité vérifiée, son rôle démontré et le résultat des procédures engagées.

CONCLUSION — LES MORTS SONT AU FOND, LA VALEUR EST AU-DESSUS

La catastrophe de Zamboye peut être racontée comme un accident de mine.

Ce récit serait incomplet.

Car le trou n’était que le premier étage d’une économie.

Au-dessus du creuseur se trouvait le chef d’équipe.

Au-dessus du chef d’équipe, le collecteur.

Puis le financier.

Le transporteur.

L’acheteur.

La fonderie.

L’exportateur.

Et enfin le marché international, où l’or peut être vendu sans que l’acheteur final voie la galerie, la frontière franchie de nuit ou le registre jamais rempli.

Les travailleurs supportent le risque physique.

Les intermédiaires captent la valeur.

L’État perd des recettes.

Les réseaux achètent leur continuité.

Et lorsque la mine s’effondre, ceux qui tenaient la pelle deviennent soudain les seuls visages visibles du système.

Ce serait une injustice de plus.

La justice ne doit pas s’arrêter au puits.

Elle doit suivre l’or, ouvrir les registres, confronter les données douanières et identifier les bénéficiaires.

Suivons l’or. Ouvrons les registres. Identifions les bénéficiaires. Car tant que le métal changera de mains sans laisser de trace, les morts resteront visibles et les profits, invisibles.

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Documents et sources

Conseil de sécurité des Nations unies — Rapport S/2025/385 (15 juin 2025), §89-93 : activités illicites à Zamboye, 3R, 15 kg/semaine, route vers Garoua-Boulaï. §95-98 : exportations, fonderies, traçabilité. Consulter
Conseil de sécurité — Rapport S/2021/569 (25 juin 2021), §152-160 : Cameroun transit, 95 % illégal, routes alternatives. Consulter
ITIE — Rapport ITIE 2023 de la RCA (15 décembre 2025) : 1,74 tonne, 43,99 milliards FCFA, 89,7 % vers EAU, écart 239 kg. Consulter
ITIE — Cameroon's gold gap (17 avril 2026) : 22,3 kg déclarés vs 15+ tonnes importées par les EAU. Consulter
ISS Africa — « Cameroun–RCA : agir de concert contre le trafic d'or » (12 mars 2026). Consulter
Associated Press (22 août 2026) — fermeture du site, exploitation illégale. Consulter

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