Toute la série : Ép. 1 L'effondrement · Ép. 2 Qui savait ? · Ép. 3 Qui achetait l'or ? · Ép. 4 Où va l'or ? · Ép. 5 Qui rendra des comptes ? (vous êtes ici)
Le 18 août 2026, la terre s’est refermée sur les travailleurs de Zamboye.
Depuis, deux récits avancent en parallèle.
Le premier parle de pluies, de galeries instables, d’orpailleurs ayant franchi une clôture et d’un site présenté comme désaffecté.
Le second révèle une chaîne plus longue : des morts déjà signalées en 2025, une mission préfectorale, des activités minières illicites documentées dans la zone, une route d’or vers le Cameroun, des failles de traçabilité et, désormais, la suspension publique d’un opérateur nommé.
Ces récits ne s’excluent pas nécessairement.
Mais ils ne produisent pas les mêmes responsabilités.
Si l’on réduit le drame à la pluie et à l’imprudence des creuseurs, le dossier se terminera au fond du puits.
Si l’enquête remonte vers les décideurs, les exploitants, les financiers, les acheteurs et les autorités chargées du contrôle, elle pourra établir comment le risque a été fabriqué, toléré ou insuffisamment maîtrisé.
Après quatre enquêtes consacrées au site, à sa fermeture, à la route de l’or et à son entrée possible dans le commerce international, la question finale est la plus exigeante :
qui devra répondre de ce qui s’est passé — et sur quelles preuves ?
POUR LA PREMIÈRE FOIS, UN OPÉRATEUR EST PUBLIQUEMENT VISÉ PAR UNE SUSPENSION
Le 23 août 2026, l’agence Xinhua rapporte qu’un arrêté signé le 21 août et rendu public le lendemain a suspendu les activités minières d’une structure appelée Douaouzou Fils, implantée dans la commune de Bondiba, sous-préfecture de Baboua.
Selon cette dépêche, l’arrêté invoque le non-respect des normes d’exploitation minière, l’inobservation de directives administratives et l’introduction illégale de ressortissants étrangers dans la zone minière. Xinhua précise que la reprise ne serait possible qu’après satisfaction des conditions prévues par les lois et règlements.
Cette information modifie le dossier.
Jusqu’alors, les déclarations publiques décrivaient surtout un site désaffecté, clôturé et occupé illégalement. L’arrêté rapporté rattache désormais la suspension à une structure déterminée.
Mais nous n’avons pas obtenu, dans les sources publiques consultées, une copie officielle complète et exploitable de l’arrêté permettant d’en vérifier le numéro, chaque considérant, le périmètre géographique exact et la dénomination juridique inscrite au registre.
Le ministère doit publier ce texte intégralement.
Une décision aussi importante ne peut rester connue seulement par des extraits de presse ou des photographies circulant sur les réseaux sociaux.
UNE SUSPENSION ADMINISTRATIVE N’EST PAS UNE CONDAMNATION
La rigueur impose une limite immédiate.
Suspendre les activités d’une entreprise ou d’une coopérative ne prouve pas qu’elle a causé l’effondrement. Cela ne démontre pas non plus qu’elle employait les victimes, dirigeait les galeries concernées ou commercialisait l’or extrait le 18 août.
Ces responsabilités exigent des preuves techniques, contractuelles, opérationnelles et financières.
Une seconde prudence concerne le nom.
Le rapport des Nations unies de juin 2025 mentionne, dans la zone de Zamboye, la Coopérative minière Douagouzou Fils, abrégée CMDF, titulaire depuis octobre 2024 d’un permis d’exploitation artisanale semi-mécanisée couvrant deux sites.
Les publications relatives à l’arrêté d’août 2026 emploient, elles, la graphie Douaouzou Fils et parlent parfois d’une société.
Ces dénominations proches peuvent désigner la même entité, une variante orthographique ou deux structures différentes. Nous ne pouvons pas trancher sans le registre du commerce, l’acte d’agrément, le permis, les coordonnées cadastrales et l’arrêté original.
La ressemblance d’un nom n’est pas une preuve d’identité juridique.
La structure visée doit pouvoir répondre publiquement : contrôlait-elle le chantier effondré, un autre périmètre ou seulement une concession voisine ?
LE GOUVERNEMENT DOIT RÉSOUDRE SA PROPRE CONTRADICTION
Après la catastrophe, le ministre des Mines, Rufin Benam-Beltoungou, a décrit Moscou-RCA comme un site désaffecté et clôturé avec des tôles. Selon ses déclarations diffusées par Africa24, des personnes auraient forcé le passage malgré les avertissements liés aux pluies.
Associated Press a également rapporté que le site était déjà fermé avant l’effondrement, tout en restant exploité par des mineurs clandestins.
Puis un arrêté a suspendu les activités d’un opérateur nommé.
Ces éléments peuvent être compatibles. Une société peut détenir un titre sur une zone tout en ayant abandonné un puits. Des orpailleurs peuvent travailler en périphérie d’une concession. Une fermeture matérielle peut précéder une suspension administrative. Le chantier effondré peut aussi se trouver dans un périmètre dont l’exploitation effective ne correspondait plus au titulaire déclaré.
Mais aucune de ces explications ne doit être inventée.
Le gouvernement doit produire une carte datée faisant apparaître :
le point exact de l’effondrement ;
les limites des permis et autorisations environnants ;
l’emplacement des galeries et installations ;
le périmètre déclaré désaffecté ;
le périmètre visé par l’arrêté du 21 août ;
l’identité de chaque titulaire et de chaque responsable opérationnel.
Sans cette superposition, le mot « site » continuera de désigner des réalités différentes et de diluer les responsabilités.
LA PLUIE PEUT ÊTRE LE DÉCLENCHEUR. ELLE N’EXPLIQUE PAS TOUT LE SYSTÈME
Le ministre a déclaré que de fortes pluies avaient fragilisé le terrain et que des militaires avaient déconseillé aux travailleurs de descendre.
La pluie peut expliquer le moment de la rupture.
Elle n’explique pas, à elle seule, pourquoi des galeries dangereuses restaient accessibles, pourquoi une foule de travailleurs se trouvait sur place, qui entretenait les excavations, qui organisait la production ni qui achetait l’or.
Une enquête technique sérieuse doit distinguer au moins quatre niveaux de causalité :
1. le déclencheur physique — pluies, saturation du sol, instabilité des parois ou rupture de galeries ;
2. les conditions d’exposition — profondeur, méthodes de creusement, drainage, soutènement, densité de travailleurs et absence éventuelle d’équipements ;
3. l’organisation du chantier — consignes, supervision, accès, horaires, matériel et procédures d’arrêt ;
4. le contrôle public — inspections, avertissements, fermeture, surveillance et mesures prises après les incidents antérieurs.
Dire « il a plu » ne répond qu’au premier niveau.
La responsabilité se trouve souvent dans les trois autres.
AVANT DE COMPTER LES RESPONSABLES, IL FAUT NOMMER LES MORTS
Le bilan demeure incomplet et contradictoire selon les sources.
Le gouvernement a communiqué un bilan provisoire de 49 victimes identifiées. Africa24 a indiqué 34 Centrafricains, 13 Camerounais et 2 Tchadiens. Des responsables locaux et un volontaire de la Croix-Rouge cités par Associated Press ont avancé un bilan supérieur à 100 morts, alors que des personnes étaient encore portées disparues.
Ces chiffres ne doivent pas être additionnés ni utilisés selon leur force émotionnelle.
Ils doivent être réconciliés.
Au 29 août 2026, nous n’avons pas retrouvé de liste nominative publique et consolidée indiquant, pour chaque personne, son identité, sa nationalité, son statut — décédée, blessée, disparue ou retrouvée — et le lieu de prise en charge ou d’inhumation.
La publication doit respecter les familles et les règles de protection des données. Mais l’absence prolongée d’un registre consolidé entretient les doubles comptages, les disparitions administratives et la contestation du bilan.
Une catastrophe transfrontalière exige une cellule d’identification associant la République centrafricaine, le Cameroun et, lorsque nécessaire, le Tchad et les autres pays concernés.
La nationalité doit servir à retrouver les familles.
Elle ne doit jamais servir à distribuer une culpabilité collective.
QUI CONTRÔLAIT RÉELLEMENT LE CHANTIER LE 18 AOÛT ?
Le parquet de Baboua a annoncé une enquête pour déterminer les causes, identifier les victimes, établir qui exploitait le site et rechercher d’éventuelles responsabilités pénales.
Cette formulation montre que la maîtrise opérationnelle du chantier n’était pas publiquement établie au moment des premières communications.
L’enquête doit répondre à des questions concrètes.
Qui décidait où creuser ? Qui fournissait les pompes, les pelles, les groupes électrogènes ou le carburant ? Qui recrutait ou répartissait les équipes ? Qui tenait les registres ? Qui contrôlait les accès ? Qui pesait la production ? Qui avançait l’argent ? Qui achetait l’or ?
Un titre minier ne suffit pas toujours à identifier celui qui dirige effectivement le travail.
À l’inverse, l’absence de contrat de travail ne signifie pas qu’aucune organisation n’existait.
La justice doit donc rechercher la maîtrise réelle : les ordres donnés, les moyens fournis, les paiements effectués et les profits reçus.
CE QUE L’ÉTAT SAVAIT AVANT LE 18 AOÛT DOIT ÊTRE ÉTABLI
Le 27 août 2025, Radio Ndeke Luka rapportait qu’une mission préfectorale s’était rendue à Moscou-RCA après plusieurs décès et incidents afin d’évaluer les conditions de sécurité et de travail.
Dans la même zone, le Groupe d’experts des Nations unies avait documenté entre septembre 2024 et le début d’avril 2025 une activité aurifère illicite structurée, protégée par des éléments armés des 3R et reliée à une route de contrebande vers le Cameroun.
Des opérations de sécurité avaient également été signalées au printemps 2025.
Ces faits ne prouvent pas que l’État connaissait le risque exact d’effondrement du 18 août 2026.
Ils prouvent que la zone, les morts antérieures, l’exploitation illégale et les difficultés de contrôle étaient déjà connus.
La question n’est donc pas seulement : qu’a fait l’administration après la catastrophe ?
Elle est : qu’avait-elle constaté avant, à qui l’avait-elle transmis et quelles mesures avaient été exécutées ?
Le rapport de la mission préfectorale de 2025, les procès-verbaux d’inspection, les courriers adressés à l’exploitant, les ordres de fermeture et les rapports de surveillance doivent être versés au dossier et rendus publics dans la limite des nécessités de l’enquête.
LES PREUVES DOIVENT ÊTRE PROTÉGÉES AVANT QUE LA CHAÎNE NE SE DISPERSE
Dans un chantier informel ou semi-formel, les preuves ne se trouvent pas seulement dans un bureau.
Elles peuvent être dans les téléphones, les carnets de pesée, les messages de paiement, les listes d’équipes, les achats de carburant, les locations d’engins, les bordereaux de transport et les témoignages des survivants.
Une enquête effective doit préserver rapidement :
les registres du site et des opérateurs présents ;
les coordonnées géographiques et les images du chantier ;
les équipements, véhicules et moyens de communication utiles ;
les contrats, permis, sous-traitances et autorisations ;
les données de pesée, d’achat, de vente et de transport ;
les paiements bancaires, mobiles ou en espèces pouvant être documentés ;
les témoignages des survivants, riverains, agents publics et acheteurs.
Il ne s’agit pas de déclarer tous ces acteurs coupables.
Il s’agit d’empêcher que l’organisation réelle du chantier disparaisse avec la fermeture du site.
L’ENQUÊTE DOIT SUIVRE L’OR ET L’ARGENT, PAS SEULEMENT LA TERRE
Les quatre premiers volets ont établi une méthode : suivre la valeur au-dessus du creuseur.
Le rapport de l’ONU a documenté, pour des opérations étudiées dans la zone entre 2024 et 2025, une production estimée à 15 kilogrammes d’or par semaine, un transport à moto vers Zamboï puis Garoua-Boulaï et un acheteur dont l’identité n’a pas été publiée.
Rien ne prouve encore que l’or du chantier effondré en 2026 suivait ce circuit.
Mais l’enquête judiciaire doit le vérifier.
Elle doit confronter les quantités produites ou vendues autour de Moscou-RCA aux bordereaux des collecteurs, aux registres des bureaux d’achat, aux mouvements des fonderies, aux déclarations douanières et aux paiements.
Une transaction inexpliquée n’est pas une condamnation.
Une série cohérente de volumes, de dates, de contacts et de paiements peut, en revanche, révéler qui tirait profit de l’activité.
La justice ne doit pas attendre de retrouver un lingot portant le nom de Zamboye.
Elle doit reconstituer la chaîne documentaire qui lui a permis de perdre ce nom.
LA FRONTIÈRE IMPOSE UNE ENQUÊTE CONJOINTE
Le drame concerne plusieurs nationalités. La filière documentée par l’ONU franchissait la frontière. Garoua-Boulaï était le point de collecte connu. Les statistiques commerciales camerounaises présentent des anomalies massives qui ont conduit les autorités à annoncer de nouvelles mesures en 2026.
Aucun de ces éléments ne prouve que le Cameroun a reçu l’or de Moscou-RCA.
Ils rendent néanmoins indispensable une coopération formelle.
La République centrafricaine et le Cameroun devraient constituer une équipe d’enquête commune ou, à défaut, un mécanisme traçable d’entraide portant sur :
l’identification des victimes et des survivants ;
les mouvements de travailleurs et d’équipements ;
les saisies et contrôles réalisés aux points de passage ;
les acheteurs et bureaux de collecte de l’Est camerounais ;
les déclarations d’exportation et certificats d’origine ;
les paiements liés aux lots susceptibles de provenir de la zone.
Une frontière ne doit pas permettre à la preuve de s’arrêter là où l’or continue.
L’ÉTAT DOIT RENDRE DES COMPTES SANS ÊTRE DÉCLARÉ COUPABLE PAR PRINCIPE
Demander des comptes à l’État ne revient pas à accuser chaque fonctionnaire, chaque militaire ou chaque service de complicité.
L’administration peut avoir donné des ordres qui ont été violés. Des agents peuvent avoir manqué de moyens. Des travailleurs peuvent avoir contourné les contrôles. Des groupes économiques ou armés peuvent avoir résisté à l’autorité publique.
Toutes ces hypothèses doivent être examinées.
Mais l’État conserve une responsabilité de transparence sur ses propres actes.
Il doit expliquer pourquoi le site était surveillé, qui avait décidé sa fermeture, comment celle-ci était appliquée, quels incidents avaient été enregistrés, quelles inspections avaient eu lieu et pourquoi l’activité avait repris ou persisté.
La République centrafricaine disposait d’un nouveau Code minier, d’une Police des Mines et de structures de certification. Leur existence juridique ne démontre pas leur efficacité à Zamboye.
Les rapports de mission, effectifs déployés, procès-verbaux, saisies et transmissions au parquet permettront de mesurer l’écart entre l’institution créée et le contrôle réellement exercé.
FERMER LE SITE NE RÉPARE PAS LES VICTIMES
Une suspension protège contre un nouveau drame immédiat.
Elle ne soigne pas les blessés. Elle ne retrouve pas les disparus. Elle ne rembourse pas les frais funéraires. Elle ne remplace pas le revenu perdu par les familles. Elle ne répond pas aux séquelles physiques et psychologiques des survivants.
Le statut irrégulier d’un travailleur ne fait pas disparaître son préjudice.
Un mécanisme de réparation doit être construit à partir de faits établis et sans préjuger des responsabilités judiciaires. Il devrait réunir l’État, tout opérateur dont l’implication est démontrée et, le cas échéant, les assureurs ou fonds légalement compétents.
Il faut distinguer :
l’aide d’urgence, qui ne doit pas attendre la fin du procès ;
l’indemnisation, qui dépendra des responsabilités et du droit applicable ;
la prise en charge médicale et psychologique ;
l’accompagnement des familles étrangères ;
la réhabilitation environnementale et la sécurisation durable du site.
Une enveloppe annoncée sans critères, liste de bénéficiaires, organisme payeur et contrôle public ne serait pas une réparation transparente.
ZAMBOYE RÉVÈLE UNE FAILLE DE GOUVERNANCE, PAS SEULEMENT UNE FAILLE DANS LE SOL
L’ITIE indique que la République centrafricaine ne dispose pas encore d’un système cadastral minier moderne et s’appuie sur des registres papier à Bangui pour les titres actifs. Elle relève aussi l’absence d’un cadre complet de divulgation publique des bénéficiaires effectifs, même si le Code minier de 2024 oblige les entreprises à les identifier et prévoit la publication des contrats et licences.
Ces lacunes ont un effet concret.
Quand les limites d’un permis, l’identité du bénéficiaire réel et les volumes produits ne sont pas accessibles, il devient plus difficile de distinguer l’exploitant légal, le sous-traitant, le financier informel et le chantier clandestin.
La réforme ne doit donc pas se résumer à créer de nouvelles structures.
Elle doit produire cinq résultats vérifiables :
1. un cadastre numérique public avec coordonnées des titres ;
2. un registre public des bénéficiaires effectifs ;
3. un identifiant unique reliant chaque lot d’or au site, au permis et au producteur ;
4. un rapprochement régulier entre production, collecte, exportation et importation ;
5. la publication des inspections, sanctions et mesures correctives.
Sans ces cinq preuves, la traçabilité restera une promesse administrative.
LE TEST DES 90 JOURS
La justice a besoin de temps. L’opacité, elle, ne doit pas en profiter.
Afrique en Lutte propose un repère public, non comme délai judiciaire obligatoire, mais comme test de redevabilité.
Immédiatement
Les autorités devraient publier l’arrêté du 21 août, le périmètre suspendu, l’autorité judiciaire saisie, le dispositif d’identification des victimes et un bilan régulièrement mis à jour.
Sous trente jours
Un point public devrait préciser l’état des recherches, le nombre consolidé de morts, blessés et disparus, l’identité juridique de l’opérateur visé, la localisation des titres miniers, l’objet de la mission préfectorale de 2025 et la préservation des principales pièces.
Sous quatre-vingt-dix jours
Sans dévoiler les actes couverts par le secret de l’enquête, les autorités devraient communiquer les premières conclusions techniques, les mesures de réparation, l’état de la coopération avec le Cameroun et les réformes engagées pour la traçabilité et la surveillance des sites fermés.
Ce calendrier ne remplace ni un procès ni une expertise.
Il empêche le silence de devenir la seule politique publique après les condoléances.
CE QUE NOUS POUVONS ÉTABLIR
Le 18 août 2026, un effondrement majeur a frappé le chantier de Moscou-RCA, dans la zone de Zamboye.
Le gouvernement a communiqué un bilan provisoire de 49 morts identifiés ; des sources locales citées par Associated Press ont avancé un bilan supérieur à 100.
Une enquête a été annoncée par le parquet de Baboua pour établir les causes, identifier les victimes, déterminer qui exploitait le site et rechercher d’éventuelles responsabilités pénales.
Le site avait déjà fait l’objet d’une mission préfectorale en août 2025 après plusieurs décès et incidents.
Dans la zone de Zamboye, l’ONU avait documenté entre 2024 et 2025 une filière d’or illicite protégée par des éléments armés et dirigée vers le Cameroun.
Un arrêté signé le 21 août 2026 a, selon Xinhua et d’autres publications, suspendu les activités d’une structure appelée Douaouzou Fils en invoquant plusieurs manquements réglementaires.
Le nouveau Code minier prévoit des obligations de transparence, mais les données publiques restent insuffisantes pour relier clairement le chantier, le titre, l’opérateur, les bénéficiaires effectifs et les acheteurs.
CE QUE NOUS NE POUVONS PAS AFFIRMER
Nous ne pouvons pas arrêter un bilan humain définitif sans registre nominatif consolidé.
Nous ne pouvons pas attribuer l’effondrement à Douaouzou Fils, à la CMDF ou à toute autre structure sans expertise et preuves opérationnelles.
Nous ne pouvons pas affirmer que Douaouzou Fils et la Coopérative minière Douagouzou Fils sont juridiquement la même entité.
Nous ne savons pas si le point exact de l’effondrement se trouve dans le périmètre du permis cité par l’ONU en 2025.
Nous ne pouvons pas établir que les 3R étaient présents sur le chantier en août 2026.
Nous ne pouvons pas démontrer que l’or extrait à Moscou-RCA suivait la route vers Garoua-Boulaï documentée pour d’autres opérations de la zone en 2024–2025.
Nous ne disposons d’aucune preuve publique établissant la corruption, la complicité ou la responsabilité pénale d’un responsable public, d’un opérateur, d’un acheteur ou d’un acteur étranger déterminé.
Ces limites ne protègent pas l’impunité.
Elles protègent l’enquête contre la rumeur.
LES DOCUMENTS QUI DOIVENT SORTIR DU SECRET
Pour que Zamboye ne soit pas refermé par le temps, les pièces suivantes doivent être publiées ou communiquées à la justice :
1. l’arrêté intégral signé le 21 août 2026 et ses références ;
2. le permis, les coordonnées et les bénéficiaires effectifs de l’opérateur visé ;
3. les documents permettant de distinguer Douaouzou Fils de la Coopérative minière Douagouzou Fils — ou d’établir leur identité ;
4. la carte du chantier effondré superposée aux titres miniers ;
5. le rapport de la mission préfectorale d’août 2025 ;
6. les inspections, mises en demeure, fermetures et procès-verbaux antérieurs au drame ;
7. l’expertise technique sur les causes et les conditions de travail ;
8. la liste consolidée des victimes, blessés et disparus selon un protocole respectueux des familles ;
9. les registres de production, de pesée, d’achat, de transport et de paiement ;
10. un point public et daté sur l’avancement de l’enquête, l’entraide avec le Cameroun et la réparation des victimes.
La publication de ces pièces ne désigne pas un coupable à l’avance.
Elle permet à la justice, aux familles et au public de distinguer enfin la responsabilité de la supposition.
CONCLUSION — LA TERRE A ENSEVELI DES HOMMES. ELLE NE DOIT PAS ENSEVELIR LES PREUVES
Zamboye n’est pas seulement l’histoire d’une galerie qui s’effondre.
C’est l’histoire d’un risque connu, d’une activité qui survivait aux alertes, d’un métal capable de franchir les frontières et d’institutions dont l’efficacité doit maintenant être démontrée.
Le creuseur a payé immédiatement.
Sa famille paie encore.
Les autres responsabilités, elles, sont cachées dans les permis, les ordres, les registres, les téléphones, les bordereaux, les comptes et les silences.
Il serait trop facile de choisir un coupable unique avant l’enquête.
Il serait tout aussi facile de n’en trouver aucun après.
La justice doit établir qui contrôlait le chantier, qui connaissait le danger, qui a ignoré ou contourné les directives, qui achetait la production et qui tirait profit de l’opacité. L’État doit publier ce qu’il savait et ce qu’il avait fait. Les opérateurs concernés doivent répondre. Les pays voisins doivent coopérer. Les familles doivent être reconnues et réparées.
Cette série ne prononce pas de condamnation.
Elle refuse que l’absence actuelle de réponse devienne la réponse définitive.
À Zamboye, rendre des comptes commence par rendre publics les faits. Nommez les morts. Ouvrez les registres. Suivez l’argent. Et que personne — du puits au marché — ne puisse encore profiter de l’ombre.
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Documents et sources
Parquet de Baboua — Reuters, 19 août 2026.
Lire
Associated Press — 19 et 22 août 2026.
Bilan ·
Fermeture
Africa24 — 21 août 2026.
Lire
Xinhua — 23 août 2026 : suspension Douaouzou Fils.
Lire
Radio Ndeke Luka — 27 août 2025 : mission préfectorale.
Lire
Rapport S/2025/385 — §89-98.
Consulter
ITIE-RCA — Rapport 2023.
Consulter
ITIE — Cameroon's gold gap.
Lire
HCDH — Accès au recours.
Consulter
Note méthodologique : Cette enquête distingue la responsabilité administrative, civile, pénale et de vigilance. Aucune suspension administrative n'est présentée comme une condamnation pénale. Les graphies Douaouzou Fils et Coopérative minière Douagouzou Fils sont conservées telles qu'elles apparaissent dans les sources. Les faits relatifs aux 3R, aux collecteurs et au trajet vers Garoua-Boulaï concernent les opérations étudiées par l'ONU entre septembre 2024 et avril 2025. Le calendrier de 90 jours constitue une proposition éditoriale de transparence.
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