SÉRIE SPÉCIALE · 4 sur 4 — LE DERNIER VOLET
Fin de notre série sur la souveraineté. Après la fin d'une époque, le piège de la dépendance et l'audace de construire, voici la synthèse : des partenaires, pas des tuteurs.
L'Afrique arrive à un moment historique. Un moment où elle doit choisir entre continuer à subir l'histoire des autres ou commencer enfin à écrire sa propre histoire.
Pendant trop longtemps, le continent a été considéré comme un espace d'influence, un terrain de compétition entre puissances étrangères, un réservoir de ressources naturelles et un marché à conquérir. Mais une nouvelle réalité apparaît : l'Afrique n'est plus condamnée à être l'objet des décisions des autres. Elle peut devenir un sujet majeur de l'histoire mondiale.
Cependant, cette transformation exige une rupture profonde. Pas une rupture avec le monde. Une rupture avec la dépendance.
Chercher des partenaires, pas des maîtres
La souveraineté ne signifie pas l'isolement. Aucun continent moderne ne peut avancer seul. Les grandes puissances elles-mêmes construisent des alliances, échangent des technologies, développent des partenariats. La question n'est donc pas « avec qui l'Afrique doit-elle travailler ? », mais : dans quelles conditions l'Afrique doit-elle travailler avec les autres ?
Un partenariat digne est un partenariat où chaque partie apporte quelque chose, reçoit quelque chose et respecte l'autre. L'Afrique doit travailler avec tous ceux qui respectent ses intérêts : ceux qui investissent pour créer de la valeur locale, ceux qui transfèrent des compétences, ceux qui contribuent au développement industriel, ceux qui reconnaissent la souveraineté des États africains. L'époque où certains venaient définir seuls les priorités africaines doit appartenir au passé.
Négocier comme une puissance
Un continent riche en ressources naturelles, avec une population jeune et un immense potentiel économique, ne peut plus négocier avec une mentalité de faiblesse. La faiblesse n'est pas dans le manque de ressources. Elle est souvent dans le manque d'organisation.
Lorsque 54 pays négocient séparément, ils peuvent être facilement influencés. Mais lorsque l'Afrique parle d'une seule voix sur les grands enjeux stratégiques, elle devient un acteur incontournable. La souveraineté africaine passera aussi par une plus grande coopération entre Africains : commerce intra-africain, investissements africains, mobilité des compétences, développement industriel régional, partage des connaissances.
L'Afrique doit apprendre à compter sur ses propres forces avant de compter sur celles des autres.
Le plus grand combat est celui des mentalités
La domination la plus difficile à combattre n'est pas toujours visible. Elle existe parfois dans les esprits. Lorsqu'un peuple finit par croire qu'il est incapable de réussir sans l'approbation extérieure, il devient prisonnier d'une dépendance psychologique.
La vraie libération commence lorsque les Africains comprennent qu'ils ont le droit de penser grand. Le droit de construire leurs propres modèles. Le droit de proposer leurs propres solutions. Le droit de défendre leurs propres intérêts. Un peuple qui ne croit pas en sa propre capacité de transformation laissera toujours quelqu'un d'autre décider pour lui.
À la jeunesse : une responsabilité historique
La nouvelle génération ne doit pas seulement hériter des débats du passé. Elle doit créer les solutions du futur. Elle doit comprendre que la souveraineté ne se limite pas aux discours politiques : elle se trouve dans l'entrepreneuriat, la science, l'innovation, la production, l'éducation, la culture, la technologie.
Chaque jeune Africain qui crée une entreprise, développe une technologie, forme une compétence ou produit une solution participe à la construction d'une Afrique plus libre. La révolution africaine du XXIᵉ siècle sera une révolution de connaissance, d'organisation et d'excellence.
Le temps de la responsabilité
Il est temps d'arrêter de demander seulement « pourquoi les autres nous ont-ils affaiblis ? » et de commencer à demander : « que devons-nous construire pour ne plus jamais être vulnérables ? » L'histoire nous enseigne une vérité : aucun peuple n'obtient durablement le respect qu'il ne se donne pas lui-même. Le respect international commence par notre capacité à respecter nos propres intérêts.
Écrire son propre chapitre
L'Afrique ne doit pas choisir entre l'ouverture et la souveraineté. Elle doit construire une ouverture souveraine : une Afrique capable de dialoguer avec le monde sans perdre son identité, d'accueillir des investissements sans vendre son avenir, de coopérer sans se soumettre.
Car le véritable objectif n'est pas de remplacer une domination par une autre. Le véritable objectif est de construire un continent libre de choisir. Libre de décider. Libre de créer. Libre de prospérer.
Assez de plaintes.
Assez d'excuses.
Assez de dépendance.
L'Afrique doit compter sur elle-même. Bâtir pour elle-même. Décider pour elle-même. Car la souveraineté n'est pas un privilège : la souveraineté est la condition de notre avenir.
Le continent doit compter sur lui-même. La vraie rupture, c'est celle de l'esprit.
Le jour où la jeunesse africaine refusera d'être programmée pour la dépendance, le continent commencera à redevenir une force historique. Ce que l'Afrique doit viser, ce n'est pas la survie assistée. C'est la maîtrise de son destin.
Oui, il faut travailler avec des partenaires. Mais avec des partenaires qui respectent l'Afrique, ses peuples, ses souverainetés et ses ambitions. Des partenaires capables de comprendre que l'ère du paternalisme est terminée. Des partenaires qui gagnent avec nous, et non contre nous.
Assez de plaintes. Assez d'excuses. Assez de contrats de soumission.
L'Afrique doit compter sur elle-même, bâtir pour elle-même et décider pour elle-même. La souveraineté n'est pas une option. C'est la condition de notre avenir.
QUESTION À LA COMMUNAUTÉ
Sommes-nous prêts à devenir la génération qui ne demandera plus seulement la reconnaissance du monde, mais qui construira une Afrique que le monde devra respecter ?
Dernier volet de la série, et partie du dossier : Souveraineté économique et émancipation. Relire la série : 1 · 2 · 3 · 4.
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L'Afrique en Lutte