L'audace africaine : passer de la colère à la construction. Nous ne réclamons plus, nous construisons. La souveraineté se construit par le travail, la discipline et la compétence.
Nous ne réclamons plus, nous construisons. Notre génération, notre avenir, notre Afrique. — Visuel : Afrique en Lutte

SÉRIE SPÉCIALE · 3 sur 4

Troisième volet. Après la fin d'une époque et le piège de la dépendance, place à ce qui vient après la colère : la construction.

La colère est parfois nécessaire. Elle révèle une injustice, elle réveille une conscience, elle pousse un peuple à questionner ce qu'il acceptait hier par habitude ou par résignation. Mais la colère seule ne construit pas une nation.

Un peuple peut dénoncer pendant des décennies les injustices qu'il subit. Il peut rappeler sans cesse les humiliations de son histoire. Il peut expliquer les mécanismes qui l'ont affaibli. Mais vient toujours un moment où une question fondamentale doit être posée : que faisons-nous maintenant pour changer notre destinée ?

L'Afrique doit comprendre une chose essentielle : la souveraineté ne se réclame pas uniquement dans les discours. Elle se construit par le travail, la discipline, la compétence et la capacité à créer des alternatives. Le temps n'est plus seulement à l'indignation. Le temps est à l'organisation.

Sortir définitivement de la mentalité de dépendance

Pendant trop longtemps, certains Africains ont été enfermés dans une logique où l'avenir semblait toujours dépendre d'une décision extérieure. Attendre une aide. Attendre un investissement étranger. Attendre une solution venue d'ailleurs. Cette mentalité doit changer.

Un continent qui compte plus d'un milliard d'habitants ne peut pas penser son avenir uniquement comme un bénéficiaire des décisions des autres. L'Afrique doit devenir un acteur qui propose, qui négocie, qui innove et qui impose ses propres standards.

La souveraineté commence dans l'esprit. Avant de conquérir des marchés, il faut conquérir une confiance collective. Avant de transformer nos économies, il faut transformer notre manière de penser.

La jeunesse africaine doit changer de rôle

La nouvelle génération africaine ne doit pas seulement être une génération de consommateurs. Elle doit devenir une génération de bâtisseurs. Le monde de demain appartiendra à ceux qui maîtrisent la technologie, l'intelligence artificielle, l'industrie, l'agriculture moderne, l'énergie, la finance et la recherche scientifique.

L'Afrique ne manque pas d'intelligence. Elle manque souvent de structures capables de transformer cette intelligence en puissance. Nos jeunes doivent comprendre qu'un diplôme seul ne suffit plus : le défi est de créer, d'entreprendre, d'innover et de participer à la construction économique du continent. Une révolution durable ne se fait pas seulement avec des slogans. Elle se fait avec des compétences.

Refuser les contrats qui hypothèquent notre avenir

Une nouvelle conscience africaine doit naître dans les salles de négociation. Nos dirigeants ne doivent plus signer des accords uniquement pour obtenir des avantages immédiats. Chaque contrat doit répondre à une question simple : est-ce que cet accord renforce notre capacité à devenir plus autonomes demain ?

Un partenariat qui détruit notre industrie locale, qui limite notre capacité de transformation ou qui prive les générations futures de leurs ressources n'est pas un véritable partenariat. L'Afrique doit apprendre à négocier avec confiance. Elle possède des atouts considérables : ses ressources naturelles, sa position géographique, sa jeunesse, son marché intérieur, son potentiel énergétique, ses capacités agricoles.

Nous ne devons plus négocier comme un continent qui demande une faveur. Nous devons négocier comme un continent qui connaît sa valeur.

La souveraineté exige aussi une révolution intérieure

Mais soyons honnêtes : aucune puissance étrangère ne pourra sauver l'Afrique de ses propres contradictions. Nous devons aussi regarder nos responsabilités. La souveraineté exige des institutions fortes, des dirigeants responsables, une justice indépendante, une lutte réelle contre la corruption, une culture du mérite, une vision à long terme.

On ne peut pas réclamer l'indépendance économique tout en détruisant soi-même les bases nécessaires à cette indépendance. On ne peut pas demander le respect du monde extérieur tout en refusant le respect à ses propres citoyens. La véritable libération commence par une transformation intérieure.

Choisir ses partenaires, pas subir leurs conditions

L'objectif n'est pas de rejeter le monde. L'Afrique a besoin de partenaires. Mais elle doit choisir des partenaires qui comprennent une nouvelle réalité : l'Afrique n'est plus un continent à assister, c'est un continent avec lequel il faut construire.

Les relations futures doivent être basées sur le respect mutuel, le transfert de compétences, la création de valeur locale, les investissements durables, le bénéfice partagé.

Un partenaire qui gagne avec l'Afrique est un allié.
Un partenaire qui gagne uniquement grâce à l'Afrique est un problème.

Une révolution de compétence

Le XXIᵉ siècle ne sera pas gagné uniquement par ceux qui possèdent des ressources. Il sera gagné par ceux qui savent les transformer. Le pétrole, le gaz, les minerais, les terres agricoles et les talents humains ne suffisent pas. La puissance appartient à ceux qui maîtrisent la chaîne complète :

Extraire. Transformer. Innover.
Commercialiser. Décider.

L'Afrique doit passer du rôle de fournisseur de matières premières au rôle de producteur de solutions.

La question de notre génération

La génération actuelle a un choix historique : continuer à expliquer pourquoi l'Afrique souffre, ou commencer à construire pourquoi l'Afrique réussira. La mémoire du passé est nécessaire, mais elle ne doit jamais devenir une prison. Nous devons connaître notre histoire pour ne plus répéter certaines erreurs, mais aussi regarder vers l'avenir pour bâtir ce qui n'existe pas encore.

L'Afrique n'a pas seulement besoin de justice historique. Elle a besoin d'une stratégie historique.

Il faut dire les choses sans détour : l'Afrique a trop souvent subi le manque de considération, le mépris poli et les rapports de domination maquillés en coopération.

On nous a parlé de partenariat alors qu'il s'agissait souvent de déséquilibre. On nous a parlé d'aide alors qu'il s'agissait souvent d'influence. On nous a parlé de stabilité alors qu'il s'agissait surtout de conservation d'intérêts.

Nous devons arrêter de glorifier la dépendance polie. Nous devons arrêter d'appeler « coopération » ce qui ressemble parfois à une soumission déguisée. Nous devons arrêter de confondre ouverture et abandon.

L'audace africaine commence ici : refuser les contrats pièges, exiger le gagnant-gagnant, imposer nos conditions, protéger nos intérêts, produire chez nous, transformer chez nous, décider chez nous.

L'Afrique ne doit plus quémander sa place dans le monde. Elle doit l'occuper avec intelligence, discipline et fermeté.

À suivre — volet 4/4.

Troisième volet de la série, et partie du dossier : Souveraineté économique et émancipation. Volets précédents : 1 · 2.

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