Les faits
Depuis mai 2026, une épidémie d'Ebola due à la souche Bundibugyo sévit en République démocratique du Congo et en Ouganda. C'est la plus vaste épidémie d'Ebola jamais enregistrée en RDC — près de 1 800 morts à ce jour — déclarée « urgence de santé publique de portée internationale » par l'OMS. Il n'existe aucun vaccin ni traitement homologué contre cette souche. Trois candidats-vaccins viennent d'entrer en essai clinique : celui de Moderna (entreprise américaine, testé au Canada), celui de l'université d'Oxford avec le Serum Institute of India (testé au Royaume-Uni), et des recherches sur Ervebo. (Sources : OMS/ONU Info, Radio-Canada, Le Devoir, Euronews, août 2026.)
La maladie tue chez nous. Le vaccin se cherche ailleurs. Et cette phrase, à elle seule, résume un malaise que nous devons enfin oser nommer.
Le virus frappe l'Ituri, le Nord-Kivu, Kampala. Ce sont des mères congolaises, des enfants ougandais, des soignants africains qui meurent. Mais les laboratoires qui cherchent le remède sont à Boston, à Oxford, à Pune. Les essais se déroulent au Canada et au Royaume-Uni. Le sang qui coule est africain ; l'intelligence qu'on mobilise pour l'arrêter est ailleurs.
Que l'on comprenne bien : ce n'est pas un reproche adressé à Moderna ou à Oxford. Qu'ils cherchent, qu'ils trouvent, tant mieux — chaque vie sauvée est une victoire. Le reproche n'est pas dirigé vers ceux qui agissent. Il est dirigé vers ceux qui, chez nous, auraient dû agir et ne l'ont pas fait.
Le paradoxe que nous refusons de regarder
Nous réclamons la souveraineté du continent. Nous exigeons le respect. Nous demandons qu'on nous laisse décider de notre destin. Ces revendications sont justes — ce média les porte à chaque page. Mais la souveraineté ne se décrète pas dans les discours : elle se prouve dans les laboratoires, les hôpitaux, les universités.
Alors posons la question qui dérange : comment expliquer qu'en 2026, face à une maladie qui tue nos populations sur notre sol, nous ne soyons toujours pas capables de chercher et de trouver nous-mêmes nos propres solutions ?
On ne peut pas, dans le même souffle, exiger que l'Occident « nous laisse la paix » et attendre de ce même Occident qu'il vienne nous sauver de nos épidémies. Ce paradoxe-là, il faut avoir le courage de le nommer. La vraie indépendance, c'est aussi celle-ci : être capable de guérir ses propres enfants.
Où sont nos élites ?
L'Afrique ne manque pas d'intelligence. Elle a des médecins brillants, des pharmaciens, des chercheurs, des scientifiques formés dans les meilleures universités du monde. Beaucoup exercent d'ailleurs dans ces laboratoires étrangers qui cherchent aujourd'hui le vaccin. La matière grise africaine existe : elle est simplement rarement mise au service de l'Afrique.
Alors la question n'est pas « où sont nos savants ? » — ils sont là. La question est : où est la volonté politique qui devrait les financer, les retenir, les organiser ? Où sont les budgets de recherche ? Où sont les instituts panafricains de virologie dotés de vrais moyens ? Où est la vision qui ferait de la santé une priorité de souveraineté, au même titre que l'armée ou le drapeau ?
Un continent qui consacre des fortunes au prestige et si peu à ses laboratoires ne peut pas s'étonner de dépendre des autres pour survivre.
Nos questions aux dirigeants et aux dignitaires
Nous, populations ordinaires, nous nous posons beaucoup de questions. Et nous avons le droit de les poser à voix haute à ceux qui nous gouvernent et à ceux qui se présentent comme l'élite du continent :
Que faites-vous ?
Qu'est-ce qui se passe dans vos têtes ?
Que voulez-vous de l'Afrique de maintenant, et de celle de demain ?
Ce ne sont pas des questions rhétoriques. Ce sont les questions d'un peuple qui enterre ses morts pendant que d'autres, à des milliers de kilomètres, se penchent sur son salut. Un peuple qui aimerait, une fois, voir ses propres fils et filles annoncer : « Nous avons trouvé. »
La souveraineté ou rien
Ce virus qui « marche » lentement dans nos communautés est un miroir. Il nous renvoie l'image de ce que nous sommes devenus : un continent riche de tout, capable de peu, parce qu'on ne lui a jamais donné les moyens de croire en ses propres forces.
La souveraineté politique ne vaut rien sans la souveraineté scientifique. Un peuple incapable de soigner ses maux restera toujours à la merci de ceux qui savent le faire à sa place. L'Afrique de demain se construira dans ses laboratoires, ou elle ne se construira pas. Il est temps que nos élites répondent — non pas à nous, mais à l'Histoire.
Cet article prolonge notre série sur la souveraineté : la fin d'une époque, le piège de la dépendance, l'audace de construire, une Afrique souveraine. À retrouver dans le dossier Souveraineté.
Cette question vous concerne. Débattons-en avec les 60 000 abonnés de notre chaîne « Sans Filtre » sur WhatsApp et notre groupe Facebook.
L'Afrique en Lutte